L'histoire politique vaudoise retiendra-t-elle cette soirée à huis clos, à Poliez-le-Grand? Peut-être. Par 114 oui contre 28 non et trois abstentions, les délégués de l'UDC Vaud ont tout d'abord et comme attendu décidé mardi soir d'accepter l'exclusion de leur conseillère fédérale, Eveline Widmer-Schlumpf. Par 78 voix contre 70, ils se sont également prononcés, après un débat nourri, pour l'exclusion de la section grisonne. Ce faisant, les Vaudois s'alignent sur la position du parti suisse et, symboliquement, entérinent la victoire de l'aile blochérienne de la section cantonale.

On savait que les agrariens ne dominaient plus vraiment le parti même s'ils restent encore bien présents parmi les élus - les cinq conseillers nationaux sont majoritairement des modérés. Mais la base a évolué très rapidement (LT du 06.05.2008). Les nouvelles sections créées dans la foulée des élections communales, cantonales et fédérales de ces deux dernières années, tout comme l'éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral le 12 décembre, ont drainé de nouveaux membres au profil nettement plus urbain et blochérien. Ce sont eux qui l'ont emporté mardi soir. Mais ils préfèrent ne pas crier victoire trop fort. Pas encore. «Il faudra d'autres sujets pour confirmer la tendance», dit le député Eric Bonjour, qui a défendu la position de la double exclusion devant les délégués et qui ne cache pas être «content du résultat» de cette bataille politique interne.

Christoph Blocher «étonné»

Même Christoph Blocher s'est avoué hier soir «étonné» du résultat vaudois, dans Genève à Chaud, l'émission de la chaîne de TV locale genevoise Léman Bleu. L'ex-conseiller fédéral perçoit l'UDC Vaud à travers ses élus à Berne, qui ont tous combattu l'exclusion de la section grisonne. En bon secrétaire général, soucieux de rassembler le plus possible, Claude-Alain Voiblet fait, lui, mine de ne pas savourer une victoire qui est en grande partie la sienne. L'arrivée de nouveaux membres, près de 4000 à ce jour, est en grande partie due à sa stratégie d'implantation dans un maximum de communes du canton. Il relativise les divisions, mais reconnaît qu'un parti qui passe de 8 à 23% en quelques années ne peut pas le faire sans le concours de ces nouveaux électeurs urbains qui ont propulsé le thème de la sécurité au cœur du discours de l'UDC.

Le coup est rude

Du côté de l'aile dite «agrarienne», le coup est rude. Certains n'hésitent pas à évoquer leur démission du parti, mais anonymement seulement. D'autres avouent que le vote de mardi les fait désormais réfléchir. «La direction que prend l'UDC vaudoise m'interpelle et je me laisse un temps de réflexion pour savoir si je veux continuer avec», note, dépité, le conseiller national Pierre-François Veillon. Mais l'ancien conseiller d'Etat sait que s'il entend continuer sa carrière politique, il n'a guère le choix. «Je ne veux pas rejoindre un autre parti et je ne crois pas à un nouveau PAI vaudois.» Et, à part quelques rares exceptions, devenir indépendant, sans parti, annihile les chances d'élection. «Celui qui quitte le parti, quitte la politique», résume Pierre-François Veillon, qui se raccroche alors au discours de fond. «Nous n'avons pas tellement de différences, je suis d'accord avec 80% de la ligne politique.»

UDC et toujours terrien

Seul conseiller d'Etat UDC de Suisse romande, Jean-Claude Mermoud fait aussi partie des perdants du vote concernant l'exclusion de la section grisonne. Une décision qui «va trop loin» pour l'ex-agriculteur d'Eclagnens. Mais Jean-Claude Mermoud fait aussi partie de cette frange du parti, à l'instar du conseiller national et également agriculteur Guy Parmelin, qui, sans renier ses racines terriennes, avoue avoir évolué plus ou moins au rythme de l'UDC suisse. «J'ai évolué dans le sens du parti suisse à partir des années 90. J'ai appris qu'être trop consensuel ne nous profite pas. Au contact des Zurichois et de Christoph Blocher, j'ai appris que la ligne d'un parti doit être compréhensible.»

Jean-Claude Mermoud se souvient aussi, sans nostalgie aucune, de cette UDC agrarienne, éternelle troisième roue du char dans les alliances de circonstances électorales du centre droit vaudois. Une UDC qui se faisait marcher dessus. Et ça aussi, c'est désormais du passé.