Il est omniprésent à Vevey. En logo, poupée gonflable, autocollant, pin's, pendentif, dessous de verres et dessus de table. Il, c'est Arlevin, ce drôle de petit bonhomme tout rond, avec une couronne de travers. Hier, Laurent Sandoz, l'heureux homme chargé d'incarner le turbulent héritier d'Arlequin, recevait enfin son costume de scène: un bel habit crème, rehaussé de motifs or et turquoise. Exactement comme il avait été conçu et dessiné. Au moment de l'enfilage, stupeur! Le costume sied à l'homme, mais point à son personnage. Où mettre la bouteille d'Arlevin si l'habit n'a pas de poche? Les petites mains ont moins d'une semaine pour réparer ce défaut de confection. Et les ingénieurs chargés de la construction, moins d'un jour pour découvrir pourquoi, hier matin, une structure métallique est tombée, sans raison apparente, sur l'étal d'un fleuriste. L'incident a beaucoup été commenté. «Que se serait-il passé si quelqu'un avait été à la place des fleurs?» Et chacun d'imaginer le pire, parfois avec une certaine jubilation. La même que l'on peut éprouver quand la fatalité a encore raté sa cible.

«Tout est là, dans cette maladie du désir qui est l'alcoolisme, cette atrophie, cette absence parfois totale de désir.» A l'inverse: «Loin de songer aux petites précautions qui permettent de préserver leur santé, ils (n.d.r.l.: les buveurs) manifestent plein d'ardeur pour la vie elle-même. Ce sont des êtres passionnés par la vie, contrairement aux fanatiques de la santé, totalement centrés sur eux-mêmes.» Conçue par Anne-Catherine Menétrey et Françoise Bridel, l'exposition «Le Vin la fête?» n'entend pas défier les Vignerons sur leur terre, mais interroger notre rapport complexe à l'alcool. Au sous-sol des Temps Modernes, photographies (d'artistes connus ou moins connus) et textes (d'auteurs ou d'anonymes) se répondent pour évoquer les joies, les dépendances, les exaltations, les naufrages, les intimités ou les cruautés d'un breuvage dont la littérature a souvent fait son encre. Cette exposition, qui prend sa place dans le cadre d'une stratégie plus vaste de prévention – «Buvez futé» –, n'a donc rien d'une leçon sanitaire. Au vernissage, d'ailleurs, les bouteilles de vin faisaient de l'œil aux cartons de jus d'orange et aux carafes d'eau minérale.