Attaque à la tronçonneuse

Journée d'effroi à Schaffhouse

Cinq personnes ont été blessées, dont une grièvement, après une attaque dans une filiale de l'assurance CSS. La police poursuivait toujours ses recherches tôt ce mardi matin pour arrêter l'assaillant, un vagabond qui vivait depuis plusieurs semaines dans la forêt

Le scénario semble tiré d'un film de série B: «attaque à la tronçonneuse: cinq blessés». Malgré ces faits pour le moins inhabituels, un calme étrange, proche de la stupeur, régnait dans l’après-midi au centre-ville de Schaffhouse, alors que des agents armés veillaient devant une rue commerçante entièrement bouclée. Quelques heures plus tôt à cet endroit, un homme armé d’une scie à moteur est entré dans le bureau local de la compagnie d’assurance CSS et a attaqué les deux seuls employés présents, avant de prendre la fuite avec son arme.

L’une des deux victimes est grièvement blessée, l’autre souffre de blessures plus légères. Elles se trouvaient encore toutes deux à l’hôpital hier en fin de journée, hors de danger de mort. Trois autres personnes ont été légèrement blessées au cours de l’événement, mais elles n’étaient pas directement visées par l’assaillant. Une chasse à l’homme, mobilisant une centaine d’agents de Schaffhouse et des cantons voisins – Thurgovie et Zurich – était encore en cours dans la soirée. «Nous ne savons pas où se trouve le suspect. Il pourrait être dans la forêt, chez une connaissance, ou en Allemagne peut-être», ont souligné les autorités devant les médias hier en fin d’après-midi.

Motifs inconnus

L’hypothèse d’un acte terroriste a été très vite été écartée: il ne fait aucun doute que l’homme visait les deux employés de l’assurance. En revanche, ses motifs restent obscurs. «Nous ne pouvons rien dire à ce stade, car nous n’avons pas pu nous entretenir avec nos deux collaborateurs blessés. Mais je peux confirmer qu’il fait partie de notre registre de clients et qu’en tant que tel, il était connu de notre bureau schaffhousois», souligne Christina Wettstein, porte-parole de CSS.

Quelques heures après les faits, la police ôtait les banderoles en plastique barrant la rue commerçante où s’est déroulé le drame. Les commerçants, restés barricadés pendant près de cinq heures, rouvraient leurs portes. «Tout s’est passé à l’intérieur, je n’ai rien vu, souligne un vendeur de kebab, pointant dans la direction de l’immeuble d’en face, qui abrite la filiale de CSS. Nous avons dû fermer les portes, personne n’avait le droit de sortir, ni d’entrer». D’autres commerçants se contentent de secouer la tête face aux questions des journalistes, nombreux sur place: la police a donné pour consigne de garder le silence, tandis que se poursuivent les recherches, à Schaffhouse et dans les cantons voisins.

Sans domicile, il vivait dans les bois

Le fuyard, un Suisse de 50 ans, de 1,90 mètre, est décrit comme un homme très dangereux, à l’allure «négligée». Sur les photos diffusées par la police, il se tient les épaules tombantes, l’air hagard. Voilà «plusieurs semaines» que Franz W. avait quitté son dernier domicile connu, dans les Grisons, a précisé la police. Depuis, il vagabonde à travers plusieurs cantons et vit dans les bois. Les forces de l’ordre ont mis la population en garde: l’homme peut se montrer agressif s’il est approché de trop près. Il a été condamné à deux reprises par le passé pour des infractions à la loi sur les armes: une première fois en 2014 dans le canton de Berne, une seconde fois en 2016, dans le canton de Lucerne, précise Peter Sticher, procureur chargé de l’affaire.

Le Blick cite un homme, à Lucerne, qui raconte avoir loué un appartement à Franz W. entre 2014 et 2016. Il fait part de la transformation de son locataire suite à un accident de voiture et de son comportement «de plus en plus bizarre», jusqu’à son départ précipité. «Il a pratiquement tout laissé derrière lui, ses meubles et ses livres religieux», raconte le Lucernois. Le quotidien zurichois a également retrouvé la trace de Franz W. dans la commune de Laax, dans les Grisons, où l’homme aurait loué il y a trois mois environ une chambre au Backpacker Deluxe Hotel Capricorn. Il aurait fait part à l’un des employés de l’auberge de son désir de partir dans la montagne avec sa nouvelle voiture, pour «prendre ses distances avec le monde».

C’est ce véhicule, une Volkswagen blanche Caddy immatriculée dans les Grisons, que la police a retrouvé à Schaffhouse hier, peu après les faits, et qui servait aussi de domicile au quinquagénaire, au cours des dernières semaines. Des témoins racontent à 20 Minuten avoir aperçu l’homme et sa VW récemment à Uhwiesen, dans le canton de Zurich, à deux kilomètres de Schaffhouse. Une femme de Feuerthalen, une commune voisine, explique au quotidien avoir «signalé» la présence de l’inquiétant personnage à deux reprises. L’homme apparaissait parfois au village pour faire des courses avant de retourner dans sa voiture, décrite comme bourrée de vieux matelas, d’une peluche d’ourson et d’ordures. Contactée par Le Temps, la police cantonale zurichoise confirme avoir été «plusieurs fois en contact» avec Franz W. après avoir reçu des appels de passants à son sujet. «Nous avons procédé à un contrôle d’identité, mais nous n’avions pas de raison de le poursuivre, car il ne semblait pas représenter un danger pour lui-même, ni pour d’autres personnes», souligne la police.

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