C’est un ami de la Suisse. Le roi d’Espagne, qui entame ce jeudi sa visite d’Etat à Berne accompagné de son épouse, la reine Sofia, a effectué une partie de ses classes à Fribourg. Et c’est à Lausanne, chez sa grand-mère paternelle qui y a vécu plus de vingt ans, qu’il a demandé la main de sa future épouse, en 1961. Plus récemment, Juan Carlos Ier est intervenu dans l’affaire des otages suisses en Libye, où l’Espagne jouait un rôle de médiateur. En appelant directement Mouammar Kadhafi.

Le souverain se sentira donc un peu chez lui en Suisse. Le couple royal atterrit vers midi à Zurich. Il recevra, dans l’après-midi à Berne, les honneurs militaires sur une place Fédérale fortement sécurisée, et sera reçu par le Conseil fédéral in corpore. Puis Juan Carlos, qui réduit ses déplacements depuis l’opération d’une tumeur au poumon l’an dernier, s’entretiendra avec la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey, avant la tenue d’un dîner de gala.

La visite se poursuit vendredi. Avec, au menu, une rencontre avec les milieux économiques, puis un volet culturel à Lausanne, où le couple rencontrera des représentants de la communauté espagnole.

La dernière visite d’Etat du souverain espagnol en Suisse remonte à 1979, quatre ans après la mort du général Franco et sa propre accession au titre de roi. Micheline Calmy-Rey l’a déjà rencontré à plusieurs reprises. Lors de la visite officielle effectuée en février dernier en Espagne notamment, mais aussi lors d’un précédent déplacement en 2007. Elle lui avait alors offert une photo le représentant au bord du lac Léman, qui date de l’époque où sa famille vivait en exil en Suisse.

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) qualifie les relations entre la Suisse et l’Espagne, étroits partenaires économiques, d’«excellentes» et «intenses», malgré de petites zones d’ombre (lire ci-contre). Une complicité féconde entre Berne et Madrid s’est surtout nouée depuis l’arrivée au pouvoir du socialiste José Luis Zapatero, en octobre 2004. En 2007, la présidente de la Confédération a signé avec l’Espagne une déclaration conjointe, donnant une base solide à plusieurs projets de coopération, notamment sur le plan multilatéral.

Micheline Calmy-Rey s’est particulièrement bien entendue avec Miguel Angel Moratinos, ministre des Affaires étrangères jusqu’en octobre dernier, contacts qui se sont révélés importants lors de l’affaire libyenne. Surtout dès janvier 2010, lorsque l’Espagne a pris la présidence tournante de l’UE pour six mois.

Mais revenons à l’enfance suisse du roi d’Espagne. La Suisse a été, entre 1941 et 1946, l’une des étapes de l’exil de la famille royale d’Espagne durant la dictature de Franco. Entre un séjour en Italie, où le roi est né, et le Portugal.

Dès l’âge de 6 ans, Juan Carlos a passé trois ans, en deux périodes différentes, dans un internat religieux à Fribourg, alors dirigée par des pères marianistes français: la villa Saint-Jean, qu’avait aussi fréquentée Antoine de Saint-Exupéry. Le monarque a fait sa première communion à Fribourg. Il y a aussi œuvré comme servant de messe.

Même une fois rentré à Madrid, il conservera des liens étroits avec la Suisse, et Lausanne en particulier. Car sa grand-mère paternelle, Victoria Eugenia de Battenberg, y est restée jusqu’à son décès en avril 1969, trente-huit ans après avoir quitté l’Espagne.

Juan Carlos Ier venait régulièrement lui rendre visite dans son petit «castel» de Vieille-Fontaine, à l’avenue de l’Elysée, qu’elle avait racheté en 1947, après plusieurs séjours au Royal-Savoy. C’est là qu’il a célébré ses fiançailles avec Sofia de Grèce en 1961.

Victoria Eugenia de Battenberg a été enterrée dans l’église du Sacré-Cœur de Lausanne. Mais en 1985, sa dépouille a été transférée d’Ouchy à la nécropole royale de l’Escurial, auprès de celles de son mari Alphonse XIII – dont elle vivait séparée à l’époque de Lausanne – et ses trois fils. Grande passionnée de bijoux, elle aurait acheté sa demeure lausannoise en vendant ses émeraudes.

A Lausanne vendredi, le roi d’Espagne achèvera sa visite sur une note plus culturelle et privée. Avec pleins de souvenirs à la clé.