Un radar d'un nouveau type fleurit-il sur les autoroutes de Suisse? Cette question, nombre d'usagers de l'autoroute A1 entre Genève et Lausanne se la posent en passant sous l'imposant portique métallique qui a poussé au début du printemps à la hauteur de Saint-Prex. Qu'ils se rassurent doublement. D'abord cette structure bardée de caméras ne les concerne pas. Ensuite, malgré sa fière apparence, elle ne fonctionne toujours pas.

L'installation compte parmi les 21 qui, d'ici au printemps 2004, orneront 14 emplacements autoroutiers du pays, pour un coût total de 25 millions de francs. Leur mission: mieux contrôler la perception de la «redevance sur le trafic des poids lourds liée aux prestations» (RPLP), introduite en janvier 2001. A la douane genevoise de Bardonnex, Rüdi Sühli explique: «Nous devons contrôler les camions non seulement aux frontières mais aussi sur les grands axes à l'intérieur du pays. Car il nous faut contrer ceux qui, sciemment ou non, économisent sur le montant de la taxe dont ils doivent s'acquitter en fonction de divers critères, dont le nombre de kilomètres parcourus et la taille de la remorque.»

L'impact sur le paysage du nouveau portique des douanes est frappant. Sa structure en acier comprend trois passerelles sur lesquelles sont installés trois types de capteurs électroniques: des scanners à laser pour distinguer les véhicules soumis à la taxe et la présence ou non d'une remorque; des caméras à rayons infrarouges pour identifier les immatriculations, de face et par l'arrière, de jour comme de nuit; et enfin des balises radio permettant de repérer l'itinéraire des camions et d'enregistrer le nombre de kilomètres parcourus.

Toutes ces données sont transmises à la Direction générale des douanes à Berne, où elles sont dépouillées, compilées et vérifiées. Chef de la section RPLP IV, Erich Burkhalter se veut rassurant: les espions électroniques n'enregistrent ni la vitesse, ni les visages et ne visent pas les véhicules de moins de 3,5 tonnes.

Retombées «inchiffrables»

«Ce système de contrôle renforçant le dispositif aux frontières a été envisagé dès le départ, dans le cadre du projet de RPLP déjà, souligne Erich Burkhalter. L'administration voulait anticiper les problèmes de fraude.» Dès l'été 2001, un portique pilote a été mis en service au sud du tunnel de Belchen, entre Bâle et Olten. Depuis, une dizaine d'autres installations ont été érigées sur des grands axes autoroutiers.

A terme, combien rapporteront les amendes infligées aux fraudeurs grâce à ce dispositif «high-tech»? «C'est inchiffrable pour l'heure», assure Erich Burkhalter en relevant que ce qui importe, c'est la puissance dissuasive de ces nouvelles installations, qui par ailleurs n'enlèvent pas aux polices cantonales le devoir d'opérer de leur côté des contrôles volants. Le pactole en jeu justifie cette traque aux fraudeurs: la perception de la RPLP a amené dans les caisses de l'Etat 710 millions en 2001, et plus de 770 millions l'an passé.

Malheureusement, l'édification des judas électroniques ne va pas toujours sans contretemps. Monté en avril, celui de Saint-Prex serait opérationnel depuis des semaines si un bête «problème de voisinage» n'avait empêché jusqu'ici qu'il soit branché sur le réseau électrique.