«Le Mouvement Citoyens genevois n’est pas conventionnel. C’est bien pour cela qu’il est devenu une force politique dans ce canton.» Eric Stauffer n’en démord pas. Sa démonstration, visant à dénoncer le deal de rue en achetant deux boulettes de cocaïne aux Pâquis et en filmant la scène, était certes atypique mais légitime. Condamné pour ces faits, le chef de file du parti, qui se présente désormais comme «un lanceur d’alerte», a dénoncé mardi un «procès politique» et plaidé son acquittement en appel.

Déchirements

Le tribun du MCG est apparu beaucoup plus remonté que lors du premier procès. La présence, cette fois, du procureur général Olivier Jornot, affublé d’obscurs desseins tactiques par le député, a sans doute participé à cette tension. De même que le jugement le condamnant à une peine pécuniaire avec sursis ainsi qu’à une amende à titre de sanction immédiate, pour une infraction, à ses yeux très infamante, à la loi sur les stupéfiants.

Sans compter que le jeune acolyte de ce mauvais scénario, lui aussi condamné pour avoir joué l’acheteur et donné 200 francs au dealer, a tourné le dos à son mentor. Celui qui peine désormais à trouver un emploi dans la sécurité a quitté le MCG pour rejoindre le PLR, a changé d’avocat et estime aujourd’hui avoir fait confiance sans être conscient des risques. «Grosso modo, je me suis fait avoir.»

Olivier Jornot réplique

Incorrigible, Eric Stauffer a déclaré qu’il le referait – certes un peu différemment – car il pratique le débat avec conviction. Une campagne électorale permet-elle tous les excès? Olivier Jornot répond par la négative. Le procureur général évacue aussi le reproche répété par Eric Stauffer: «Si le Ministère public avait voulu faire de la politique, il aurait fermé le dossier concernant un personnage aussi influent. C’est précisément pour ne pas en faire qu’il poursuit cette affaire.»

De son propre aveu, Olivier Jornot a même examiné toutes les subtilités légales pour éviter un tel sort à ce duo. Sans succès. «Rien ne justifie qu’une telle infraction soit commise pour démontrer qu’il est facile d’enfreindre la loi», a conclu le parquet. Une posture largement combattue par la défense.

Liberté d’expression

Au nom du naïf novice, reconverti dans un combat plus conventionnel, Me Romain Jordan a plaidé ici la primauté de la liberté d’expression sur tout le reste. Cette transaction était en quelque sorte un argument rendu licite par la latitude qui doit être laissée au débat lorsque la campagne électorale bat son plein.

L’absence de toute intention malveillante dans cet «achat pour de faux» est l’argument principal développé par Me Yaël Hayat à l’appui d’un acquittement. Pour son avocate, Eric Stauffer ne peut être condamné pour avoir mis en danger la santé publique alors que son souci était justement de la protéger. Quant au but de propagande qui est reproché, ajoute la défense, celui-ci peut très bien aller de pair avec une démarche socialement utile.

Retrouvant les accents et le volume du parlement, celui qui vise à reprendre la présidence du MCG a longuement pris la parole en dernier et a demandé aux juges de l’acquitter pour que «Genève cesse de se ridiculiser». Un argument qui fait rarement vaciller les tribunaux.


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