Dans l'affaire du petit Luca, retrouvé inanimé le 7 février dernier à Veysonnaz, il semble aujourd'hui que la piste, un temps retenue, mettant en cause trois adolescents ne donne pas de résultats probants. C'est l'une des informations que le juge d'instruction cantonal Jo Pitteloud a données vendredi matin, lors d'une conférence de presse au Palais de Justice à Sion. Les enquêteurs privés, mandatés par la famille, les soupçonnaient d'avoir agressé le petit Luca. Toutefois, selon les éléments actuels de l'enquête, ceux-ci se seraient trouvés dans leurs écoles respectives à Lausanne au moment des faits. Ce qu'attestent les directeurs des établissements concernés, dans une lettre du 26 août dernier.

Le drame du petit Luca n'est toutefois qu'une des affaires que le juge Pitteloud voulait évoquer vendredi matin à Sion. Avec en tête la volonté de faire face à la déferlante de controverses judiciaires qui secouent actuellement le Valais, il venait, selon ses termes, «soutenir ses troupes». Il a ainsi balayé d'un revers de la main les incursions récentes de «L'Appel au peuple» mettant en cause divers juges d'instruction valaisans, les qualifiant de «tas d'inepties». Et d'ajouter qu'il faudrait réagir à ces attaques: «Jusqu'ici, tout le monde trouve qu'il faut se taire et laisser braire, mais je trouve qu'il y a trop d'ânes.»

Sur un ton plutôt vif et polémique, le juge a répondu ensuite aux accusations de lenteur émises dans le cadre de l'affaire concernant Loèche-les-Bains et son ancien président, Otto G. Loretan. Evoquant les procédures qui paralysent la justice, Jo Pitteloud a déclaré: «Pour nous, juges, chaque progrès de la défense équivaut à un recul pour la justice.» Propos qui ont pour le moins surpris. Il les a corroborés en estimant que les voies de recours sont aujourd'hui pléthoriques et «qu'il faudra bientôt monter la prescription à soixante ans pour coincer un voleur de pommes».

Les deux affaires concernant des agressions d'enfants – celle du petit Luca à Veysonnaz et un autre cas dans le Valais central – ont retenu son attention, notamment parce qu'elles confrontent la justice aux mêmes personnes: l'avocat Sébastien Fanti et le détective Fred Reichenbach, tous deux, en l'occurrence, opposés au juge Yves Cottagnoud. Pour le juge d'instruction cantonal, ces dossiers ont été menés d'une façon exemplaire, et Jo Pitteloud a affirmé maintenir son soutien au juge en charge des enquêtes. Pour ce qui est de la première d'entre elles, il a toutefois mis en garde contre les accusations ne tenant pas compte de la présomption d'innocence, qui ont déjà été nombreuses dans cette affaire. En l'état actuel de l'enquête, «Je n'ai personne à me mettre sous la dent, a-t-il déclaré. Tous ceux qui ont été mis en cause ne font pas des coupables crédibles. Il n'existe pour l'heure que des pistes trouées.»

Du côté de la défense, on soutient toutefois que ces enquêtes ont souffert de manquements qui ont obéré toute chance de succès dans la résolution des affaires. Fred Reichenbach reste sceptique vis-à-vis des déclarations des directeurs d'école lausannois, qui interviennent six mois après les faits. Cela dit, Jo Pitteloud a fustigé une forme de justice qui se rendrait «le coude appuyé sur le zinc du café du commerce». Finalement, on se demande aujourd'hui qui a véritablement le coude sur le zinc.