Le juge instructeur fribourgeois Patrick Lamon, qui avait «osé», en mars 1998, mettre en détention préventive Paul Grossrieder, alors chef de la Brigade des stupéfiants, obtient partiellement gain de cause, huit mois après avoir été forcé à démissionner.

La Chambre pénale du Tribunal cantonal a reconnu son droit à une indemnité pour tort moral. Le juge, obligé de quitter ses activités après douze ans de carrière marquée par des enquêtes sur les dessous-de-table dans l'immobilier et des investigations sur des bavures policières, a obtenu 7000 francs à titre de dédommagement pour tort moral. Le juge, actuellement en vacances, exigeait 30 000 francs.

L'Etat qui a déjà pris en charge des frais d'assistance judiciaire pour 42 246 francs, devra en outre couvrir d'autres frais de défense pour le montant précis de 7 606,85 francs.

Non-lieu

Délié du secret de fonction, Patrick Lamon avait bénéficié, au terme d'une centaine d'heures d'interrogatoire, d'un non-lieu prononcé en avril 2000. L'ordonnance de plus de 100 pages arrivait à la conclusion que les plaintes de Paul Grossrieder et du professeur de droit Franz Riklin étaient sans fondement. Elles visaient à faire condamner Patrick Lamon pour l'une ou l'autre des infractions suivantes: séquestration, abus d'autorité, contrainte, faux dans les titres, entrave à l'action pénale, violation du secret de fonction, suppression de titres, mise en danger de la vie d'autrui.

Mis en cause par le rapport d'experts sur les dysfonctionnements de la justice, publié par le gouvernement fribourgeois durant le procès de Paul Grossrieder, Patrick Lamon a été acculé à la démission. Une enquête administrative avait été ouverte contre lui début juin par le Conseil d'Etat fribourgeois. Sa démission, négociée, s'est produite fin juin 2000, durant le procès Grossrieder. Il a obtenu le versement de son salaire jusqu'à la fin de l'année dernière et recherche toujours un emploi, qu'il serait près de trouver selon les informations à notre connaissance.