C'est une première depuis au moins cinquante ans. Hier, lors de sa session de mai, le Grand Conseil neuchâtelois n'a pas réélu un juge lors des élections judiciaires. Président du tribunal du district de Neuchâtel depuis fin 2001, Nicolas Marthe n'a obtenu que 11 voix au deuxième tour de scrutin. Il en fallait 53 pour être élu. Les 31 autres magistrats en lice ont tous été confortablement confirmés dans leurs fonctions.

Cet épilogue ne constitue pas une surprise. Le Temps avait en effet révélé mercredi que la commission judiciaire proposait à l'unanimité de ne pas réélire Nicolas Marthe. Elle a été largement suivie par le plénum. Issu du Parti libéral, fraîchement élu au parlement de la Ville de Neuchâtel, le juge a reçu le soutien de quelques députés de droite.

La révocation, qui sera effective le 30 août, n'est pas liée à un problème de compétences. «Il a eu à plusieurs reprises des paroles et comportements inadéquats vis-à-vis des justiciables, des avocats et du personnel du greffe, détaille le président de la commission judiciaire, l'UDC Daniel Haldimann. Il a en outre des retards chroniques dans le traitement de ses dossiers.»

La commission judiciaire a eu vent en 2006 déjà de manquements de la part du président du tribunal du district de Neuchâtel. C'est le rapport des inspections menées en 2007 par le Tribunal cantonal qui a entraîné l'ouverture d'une enquête. En application de la loi sur la haute surveillance, les six commissaires ont procédé à plusieurs auditions. «Toutes les personnes que nous avons rencontrées ont mis en évidence les mêmes problèmes, reprend Daniel Haldimann. Nous en sommes arrivés à la conclusion que le juge Marthe est en totale inadéquation avec l'image que la commission se fait de la fonction de magistrat.»

Les commissaires ont convoqué Nicolas Marthe le 15 novembre dernier pour l'auditionner. Constatant «son incapacité à faire son autocritique», ils ont décidé de ne pas recommander sa réélection. Une première depuis la création de la commission judiciaire, en 2004. «Cela montre l'utilité de cette surveillance, considère Daniel Haldimann. Désormais, le Grand Conseil n'élit plus les magistrats à la tête du client. Cela permet d'éviter les erreurs de casting.»

Procédure disciplinaire

Ce n'est pas tout. Le Conseil de la magistrature a récemment ouvert une procédure disciplinaire à l'encontre du juge Marthe pour sa gestion d'une affaire de divorce particulièrement sensible. Comme plusieurs procédures sont en cours de part et d'autre, les parties préfèrent s'abstenir de commenter.

Joint à son domicile, Nicolas Marthe rejette tous les griefs qui lui sont reprochés. «C'est un procès de personne. Je suis quelqu'un de résolument moderne. Au sein du très traditionaliste système judiciaire neuchâtelois, cela passe mal. Depuis une année, je suis sous pression. Je suis même victime de mobbing. Comme je n'ai rien à me reprocher, je ne pouvais pas démissionner, comme la commission judiciaire me l'a proposé. Pour moi, il était hors de question de céder. Aujourd'hui, je suis serein. Je prendrai position publiquement prochainement.»