Sion

Jugé pour avoir tenté de bouter le feu au Ministère public valaisan

Un vigneron valaisan comparaît devant le Tribunal pénal fédéral pour avoir versé de l’acide dans le hall du Ministère public avant de mettre le feu à une voiture parquée devant le bâtiment

Accusé d’avoir répandu de l’acide dans le hall du Ministère public valaisan, à Sion, avant de bouter le feu à une voiture parquée devant l’édifice, un vigneron-encaveur de Saint-Pierre-de-Clages (VS) a comparu mardi devant le Tribunal pénal fédéral (TPF) à Bellinzone. S’estimant bafoué par la justice valaisanne, l’homme dit avoir agi pour attirer l’attention du Ministère public de la Confédération (MPC).

Propriétaire d’une exploitation viticole, âgé de 51 ans, marié et père de deux enfants adultes, l’accusé s’était rendu le 5 décembre 2016 au siège du Ministère public du canton du Valais. Dans le hall du bâtiment, il avait versé une solution d’acide (sulfurique selon l’accusation, sulfureux selon lui) sur le tapis d’entrée.

Il s’était ensuite rendu sur le parking de l’édifice et avait aspergé une voiture d’un mélange d’essence et de mazout avant de lui bouter le feu. Les flammes s’étaient rapidement propagées à d’autres véhicules, en détruisant trois et en endommageant partiellement quatre autres. La place de parc avait également subi des dégâts. Selon le MPC, les dommages globaux s’élèvent à environ 83 000 francs.

Immédiatement après son acte intentionnel, le vigneron s’était rendu au siège de la police cantonale pour se dénoncer. Il n’avait pas été cru sur-le-champ. Arrêté le jour même, l’homme est depuis incarcéré à la prison des Iles, à Sion.

Condamnation pour lésions corporelles

Durant son interrogatoire mené en début d’audience par le président du TPF, Giuseppe Muschietti, le prévenu a raconté la rancœur et le stress causés par l’attitude du parquet valaisan à son égard. Victime en mai 2012 d’une agression à la sortie d’un établissement public géré par son frère – qu’il accuse de l’avoir menacé durant vingt-six ans –, le prévenu a écopé d’une condamnation pour lésions corporelles.

Alors qu’il aurait subi un passage à tabac de la part de trois personnes, il aurait, pour se défendre, mordu le doigt de l’une d’entre elles. Au final, seul le vigneron avait été condamné.

Pour le procureur fédéral Carlo Bulletti, l’inculpé s’est rendu coupable d’emploi d’explosifs ou de gaz toxiques avec dessein délictueux, ainsi que d’incendie intentionnel (articles 221 et 224 du Code pénal). Se rangeant à l’avis de l’expert psychiatre, qui a conclu à une pathologie paranoïaque, l’accusation a reconnu au prévenu une responsabilité légèrement diminuée et requis une peine de 2 ans de prison assortie d’un traitement psychiatrique.

L'affaire du petit Italien Luca Mongelli

L’avocat de la défense, Stéphane Riand, dont la demande de contre-expertise avait été repoussée par la cour, a totalement contesté ces conclusions. Selon lui, son client a été poussé à l’exaspération par «l’attitude ignoble» du parquet valaisan, qui n’a jamais répondu aux nombreuses lettres recommandées du prévenu, lequel se plaignait d’être la cible de menaces de mort proférées par son frère dès 1990.

Durant des années, l’accusé avait aussi en vain demandé à être entendu comme témoin principal dans l’affaire du petit Italien Luca Mongelli, retrouvé inanimé dans la neige en février 2002 à Veysonnaz lorsqu’il avait 7 ans et depuis lors aveugle et tétraplégique.

La défense, n’admettant que l’incendie intentionnel, a requis une peine assortie du sursis. Le TPF rendra son jugement par écrit. La détention provisoire du prévenu a été prolongée de trois mois.

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