Une femme qui exploite d’autres femmes, qui leur promet monts et merveilles, qui les isole à des milliers de kilomètres de leur foyer, qui les pousse à se prostituer et qui les maintient dans la misère. C’est l’histoire glauque reprochée à une ressortissante chinoise, jugée depuis lundi par le Tribunal correctionnel de Genève pour avoir été une mère maquerelle cupide et cruelle. Celle que les filles surnommaient «Jie», «Mamasan», «Alian» ou encore «Laoda» conteste absolument tout et se dit victime d’un complot ourdi par une mystérieuse rivale. Récit d’une audience qui a vibré, c’est rare, au rythme du mandarin.

Elle n’en démord pas et se défend avec une énergie qui fait vaciller le courageux traducteur. Née il y a 45 ans dans l’Empire du Milieu, venue en Suisse en 2001 pour poursuivre ses études de finance au sein d’une école privée de la Riviera vaudoise, installée à Bâle et mariée à un homme désormais placé en EMS, Madame L. affirme ne pas connaître ses quatre accusatrices (dont trois se sont volatilisées au cours de cette longue enquête). Certes, la prévenue avait un salon de massage dans la ville rhénane, mais tout était fait dans les règles. «Je louais les chambres et les filles gardaient les bénéfices. Leur activité n’avait rien à voir avec de la prostitution.»