Une petite phrase tirée des innombrables formules chocs du réquisitoire fleuve du procureur général du Jura, Yves Maître, devant les juges professionnels de la Cour criminelle à Porrentruy: «L'affaire du brigandage du Casino du Jura, le 28 novembre 2002 (LT du 15.03.2005), coûtera des millions à l'Etat jurassien.» A coup sûr, plus de 2 millions. En frais de détention des huit coauteurs du casse condamnés jeudi, en honoraires des avocats d'office, indemnités et coûts de la procédure.

Frais de détention élevés

Et la facture publique ne comprend pas le temps consacré à l'affaire par les «salariés» ordinaires de l'Etat jurassien: policiers, enquêteurs, juges ou procureur. Ainsi, la juge d'instruction Geneviève Bugnon affirme avoir consacré le plus clair de son temps à l'affaire durant les six mois qui ont suivi l'arrestation des prévenus, au début de 2003.

La Cour a fixé à 140 000 francs les émoluments judiciaires. L'instruction a nécessité des investigations spécifiques. Notamment des écoutes téléphoniques et la lecture des appels enregistrés la nuit du crime par la borne la plus proche du Casino de Courrendlin. Swisscom a ainsi facturé 15 000 francs le relevé des numéros composés de 3 à 6 heures le 28 novembre 2002.

Principale composante de la facture: les frais de détention. Le Jura ne dispose pas d'établissement d'exécution des peines. Il doit placer ses condamnés dans les geôles des cantons voisins, notamment à Bellechasse (FR), Bochuz (VD) ou Gorgier (NE). Les forfaits journaliers diffèrent d'un établissement à l'autre et le tarif varie en fonction du régime carcéral. On peut établir une moyenne à quelque 150 francs par jour.

Jeudi, la Cour criminelle a prononcé des peines pour un total de 46 ans. En considérant que les condamnés bénéficieront d'une remise d'un tiers de leurs peines pour bonne conduite – même si l'hypothèse risque de ne pas se vérifier pour certains accusés, l'un étant injurieux envers les gardiens, un autre s'étant évadé durant sa détention préventive –, le Jura devra régler la pension des auteurs du casse du Casino de Courrendlin durant plus de 11 200 jours. A 150 francs, l'addition se monte à 1,7 million. Au bas mot. Une somme évidemment étalée sur plusieurs années. Bon an mal an, le Jura consacre entre 600 000 et 800 000 francs de son budget (0,1%) pour financer l'exécution des peines prononcées par ses tribunaux. «L'année 2004 a été de ce côté plutôt bonne, avec une charge limitée à 550 000 francs», relève Jean Kistler, chef de la Section des peines.

Huit avocats d'office à rémunérer

Autre élément de la note à charge du contribuable jurassien: les honoraires des huit avocats commis d'office. La Cour criminelle les a taxés à un total de 180 000 francs (y compris la note du défenseur de la victime du braquage). Le Tribunal a encore octroyé une indemnité de 100 000 francs pour tort moral au croupier agressé, versée par la LAA et la LAVI.

En raison de la dangerosité des prévenus et des menaces proférées, le procès s'est tenue sous haute surveillance policière: 25 agents pour les audiences de lundi et mardi (14 en permanence dans la salle du tribunal), peut-être le double pour le jugement. «J'ai facturé 200 francs la journée d'agent», confie le commandant de la police, Henri-Joseph Theubet. Facture globale de 15 000 à 20 000 francs. L'addition totale est comprise entre 2 et 2,5 millions. A charge de l'Etat jurassien, les prévenus s'étant déclarés en situation financière précaire.