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«Juges étrangers»: la si paisible campagne de l’UDC

Habituée des images coups-de-poing, l’UDC surprend avec une campagne sur l’autodétermination particulièrement placide. La manœuvre est évidemment fort réfléchie

«OUI», peut-on lire sur une pancarte tenue par une jeune femme d’allure urbaine-chic. «A la démocratie directe. A l’autodétermination.» Le tout dans des tons jaune orangé. Aucune croix suisse à l’horizon, ni de grandes lettres noires menaçantes. Pas non plus de carte du pays foulée aux pieds par des bottes venues d’ailleurs ou dévorée par des corbeaux, détruite par un boulet de chantier ou hérissée de minarets. Nulle mention du parti derrière l’affiche non plus, qui émane pourtant bien de l’UDC. Les conservateurs auraient-ils perdu de leur pugnacité?

«Se construire une légitimité»

«C’est une forme de piège», dit Stéphane Decrey, responsable de la communication d’Opération Libero, qui combat l’initiative UDC pour la suprématie du droit suisse sur le droit international. «J’y vois une tentative de semer la confusion chez l’électeur, dit-il. Dans leurs flyers, ils mettent même en avant «le pouvoir de décider nous-mêmes des mesures d’accompagnement pour nous protéger contre la sous-enchère salariale», alors qu’ils les combattent en permanence! Qu’il n’y ait pas de logo visible est courant, toutefois l’absence de l’habituelle ligne graphique ou de visuels provocateurs est une première. Ce doit être une tentative de se montrer plus rassembleur.»

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Cette tactique a déjà été déployée par le passé, souligne Pascal Sciarini, politologue genevois. «En 2014, lors de sa victoire sur l’immigration, l’UDC avait déjà opté pour une campagne moins virulente qu’à l’accoutumée. Le choix leur avait bien réussi.» En outre, souligne-t-il, «l’UDC est une machine à gagner sur les thèmes émotionnels comme l’immigration, l’asile ou encore les criminels étrangers. Mais le parti n’a jamais eu de succès sur les initiatives institutionnelles. Ils savent donc qu’ils ne sont pas perçus spontanément comme le parti qui maîtrise cet enjeu et essaient de se construire une légitimité.»

«Surprendre nos adversaires»

Membre de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) – et ancien secrétaire général de l’UDC Vaud – Kevin Grangier ne nie pas la volonté du parti de se démarquer. «Nous nous positionnons là où on ne nous voyait pas venir. En raison de leurs préjugés à notre égard, les opposants à l’autodétermination ont mal anticipé notre campagne et leur grosse artillerie déverse toute sa munition à côté du but, se réjouit-il. Nos adversaires avaient certainement anticipé quelque chose d’agressif, nous avons au contraire souhaité aller à l’essentiel: qui décide en Suisse, nous ou les juges étrangers?»

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L’absence de toute indication sur les meneurs de cette campagne est également stratégique, concède Kevin Grangier: «Nous sommes convaincus que les électeurs UDC soutiendront l’initiative, nous allons chercher les autres. Malheureusement, la diabolisation de l’UDC dans les médias a pour conséquence d’alimenter un réflexe anti-UDC. Or, le 25 novembre, ce n’est pas oui ou non à l’UDC, c’est oui ou non à la démocratie.»

Le flyer du parti reprend ce message rassembleur, arguant qu’il ne s’agit pas de savoir «si on est de droite ou de gauche». Surprise, au dos du petit pamphlet figure même une citation de l’ancienne conseillère fédérale socialiste Micheline Calmy-Rey, naguère bête noire de l’UDC. Un fourre-tout inattendu qui ne manquera pas de porter ses fruits, selon Kevin Grangier, lequel se dit «convaincu de pouvoir réussir ce pari».

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