La cavale des individus qui ont enlevé des frères jumeaux à La Chaux-de-Fonds aura duré treize heures. Ils ont été appréhendés par la gendarmerie française dans les Landes (ouest de la France) aux environs de minuit et demi avant d’être placés en garde à vue, ont communiqué samedi vers 9h30 la police neuchâteloise et le Ministère public cantonal.

Les enfants de 7 ans, au cœur d’un conflit familial concernant leur garde entre la Suisse et l’Espagne, sont en bonne santé. Ils ont été pris en charge par les autorités françaises. Ils avaient été kidnappés vendredi vers 12h45 au domicile de leur grand-mère, 54 ans. Bâillonnée et ligotée par «deux à trois individus», elle avait pu se libérer et donner l’alerte une vingtaine de minutes plus tard.

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Pas de précisions concernant le père

«Les nombreuses investigations menées par la police judiciaire neuchâteloise ont notamment permis d’identifier un véhicule qui entrait en ligne de compte dans cette affaire. […] A son bord se trouvaient trois adultes et les deux enfants», précise le communiqué, sans indiquer si le père des jumeaux figure parmi les personnes interpellées. «Prévenu notamment d’enlèvement de mineurs, il est activement recherché par les autorités suisses et françaises», indiquait vendredi la police neuchâteloise. Contacté samedi, son porte-parole, Georges-André Lozouet, «ne peut pas donner davantage de précisions à ce propos en raison de l’enquête en cours».

Une instruction pénale a été ouverte à l’encontre des auteurs présumés et diverses démarches judiciaires «rendues nécessaires au vu du caractère international de l’affaire» devront encore être réalisées. Les forces de l’ordre neuchâteloises et le Ministère public saluent par ailleurs la réactivité de leurs homologues français: «Cette affaire démontre l’efficacité de la coopération judiciaire et policière transfrontalière.»

Selon le Code pénal, l’enlèvement de mineur est puni – sur plainte – d’une peine privative de liberté de 3 ans au plus ou d’une peine pécuniaire. «Ce qu’il s’est passé vendredi à La Chaux-de-Fonds est grave et notre priorité était de retrouver les enfants au plus vite. La justice doit maintenant éclaircir et étudier de nombreuses circonstances dans cette affaire très complexe», ajoute Georges-André Lozouet.

Accusations mutuelles

Ce n’est en effet pas la première fois que le sort de ces jumeaux défraie la chronique. Depuis plus d’un an, ils sont pris dans un bras de fer entre leurs parents, largement médiatisé en Espagne. En juillet 2021, leur mère, alors domiciliée dans les environs de Madrid, s’était vue accusée par son mari de les avoir elle-même kidnappés et maltraités. Elle les avait emmenés dans un premier temps en Catalogne, puis à l’étranger. Différentes sources citées par des médias ibériques laissaient entendre que les enfants vivaient reclus et n’étaient pas scolarisés. Recherchée par la police espagnole, la mère avait été retrouvée à Boudry (NE) le 2 juin dernier. Ses enfants, placés quelques jours en foyer d’accueil, lui avaient ensuite été rendus.

«L’Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte a constaté que [ma cliente] assurait une prise en charge adéquate des enfants et qu’elle ne mettait nullement en péril leurs intérêts. […] Ils ont toujours été scolarisés et la famille est régulièrement déclarée aux autorités du canton compétent», communiquait alors son avocat, Me Olivier Peter. Et d’ajouter que la mère avait été victime de «multiples faits de violence et de menaces par son ancien compagnon durant leur vie commune et après leur séparation», tandis que l’un de ses enfants lui aurait dit avoir «été victime d’attouchements sexuels de la part du père». Dans son message, l’avocat genevois précisait également que la mère avait obtenu la garde exclusive des enfants. Ses multiples demandes à la justice espagnole pour protéger «la vie et l’intégrité des victimes» n’auraient quant à elles essuyé que des refus.

Il y aurait eu des menaces d’enlèvement

Contacté samedi, Me Olivier Peter ne fait pour l’heure pas de commentaires concernant les événements de vendredi et ne peut pas confirmer si le père fait partie des personnes interpellées. Il indique en revanche que la mère avait déposé une plainte en juin après avoir reçu des menaces d’enlèvement de la part de son ex-conjoint. Une procédure pénale a été ouverte à Neuchâtel. «Personne n’a cru à un tel scénario», déplore l’avocat.

Il ajoute que la justice neuchâteloise a constaté en septembre que l’exercice du droit de visite du père était impossible, «parce que les enfants ne voulaient plus être en contact avec lui». Raison pour laquelle ce droit a été matériellement suspendu. Une procédure de retour en Espagne demandée par le père doit par ailleurs encore être tranchée.

Des soucis d’application de lois en Espagne, pourtant modèle

Au-delà de ces tensions familiales, cette affaire rappelle que l’Espagne, souvent citée comme modèle en matière de lutte contre les violences conjugales, fait encore face à des défis en la matière. Dans un rapport publié en 2020, le Groupe d’experts sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique du Conseil de l’Europe, le Grevio, indiquait notamment que si le pays dispose d’un bon cadre juridique pour protéger les victimes de violences domestiques, il est trop souvent appliqué de manière insuffisante. Il jugeait nécessaire «de veiller à ce que les ordonnances de protection soient dûment émises par les autorités judiciaires et respectées par les auteurs».