Charles Beer est en Chine depuis jeudi. Il signera lundi un accord de partenariat avec la Ville de Pékin. Une délégation économique genevoise, représentant quarante entreprises, l’y accompagnera. Avant cela, Charles Beer était vendredi invité à Dalian. Il participait au «Davos de l’été», la réunion annuelle du Forum économique mondial en Chine.

Le Temps: Dans le débat consacré à l’urbanisation, auquel vous avez participé, un responsable de Pékin a vanté les mérites des partenariats public-privé (PPP) pour construire les infrastructures. Il en appelait aux milliardaires et millionnaires pékinois pour financer de telles constructions. Que pensez-vous de ces PPP?

Charles Beer: Il s’agit d’un bon outil, mais à inventer au cas par cas, sinon l’Etat risque de le payer cher à terme. Les partenariats traditionnels, financement à court terme d’ouvrages par le privé ou le mécénat, représentent le risque, dans un cas, de payer plus cher à terme et dans le second de renoncer à se prononcer sur nos besoins. Le cas de la réhabilitation du site de Merck Serono est un bon exemple. Ernesto Bertarelli a racheté le bâtiment, ce que nous ne pouvions faire. Hansjörg Wyss finance le centre de recherche, en partenariat avec l’Université de Genève et l’EPFL. Une autre réhabilitation réussie, celle du château de Penthes, fonctionne sur un modèle différent. Le lieu sera rénové, accueillera un hôtel quatre étoiles, le tout en coopération avec le groupe de construction Implenia, afin de viser l’autofinancement du Centre pour la coopération mondiale (piloté par l’UNIGE et IHEID, ndlr).

– Approuvez-vous le projet de traversée de la Rade présenté cette semaine, financé par le secteur privé et l’Etat?

– Dans la campagne électorale, on essaie de proposer quelque chose. Mais ce projet me semble prématuré: nous avons mis la priorité sur le renforcement des points de saturation de l’autoroute de contournement de Genève, avec le soutien de Berne. D’autres projets massifs sont en cours: le CEVA, la transformation de la gare… La traversée de la Rade est prévue dans le plan mobilité 2030, mais ne peut pas être réalisée tout de suite. Genève ne peut en même temps diminuer ses impôts et rester attractif pour les multinationales, diminuer sa dette et lancer tous les projets.

– Vous venez aussi en Chine pour signer lundi un accord de partenariat entre le canton et Pékin. En quoi se distingue-t-il de ceux déjà existants avec Shenzhen, Hubei, Ningbo?

– Il sera global et non sectoriel comme les précédents. Il s’agit d’une sorte de jumelage qui crée une relation particulière facilitant le renforcement de nos relations.

– Concrètement?

– Il a aidé à la création de la ligne directe entre l’aéroport de Genève et celui de Pékin, ou la collaboration entre le Conservatoire de Pékin et la Haute Ecole de musique de Genève. Un grand partenaire se tourne vers un petit ultra densifié et riche de ses 11 000 multinationales, 176 représentations de pays, 30 organisations internationales et 250 ONG internationales. Le petit voit s’ouvrir les portes du marché du grand.

– Comment, en tant que socialiste, considérez-vous ce partenariat alors que la Chine n’est pas réputée pour défendre les droits de l’homme?

– Je n’ai jamais défendu la logique du boycott. Les échanges économiques, en revanche, constituent le plus grand vecteur pour inscrire les droits humains à l’agenda politique.

– Vous ne vous représentez pas aux élections. Que ferez-vous alors que certains vous prêtent l’intention d’aller à Berne représenter Genève?

– Je veux gérer jusqu’à la dernière minute les dossiers que je mène. Pour la suite, je n’ai encore rien décidé. J’ai reçu quelques propositions que je n’ai pas encore étudiées.

– Pourriez-vous siéger dans un conseil d’administration, comme le fait un autre socialiste, Moritz Leuenberger?

– Je ne dis pas non a priori; j’ai toujours été social-démocrate. Mes engagements seront de toute façon en accord avec mes valeurs et je serai donc très sélectif.