L’inquiétude grandit au sein de la famille des deux jumelles, Alessia et Livia, disparues avec leur père, Matthias S., le dimanche 30 janvier à Saint-Sulpice (VD). Leur mère a reçu par la poste huit enveloppes ce mardi matin, envoyées par le père et qui contiennent 4400 euros (5800 francs) en billets de 50.

Quelques heures avant de se donner la mort jeudi dernier en se jetant sous un train à Cerignola, dans les Pouilles, Matthias S. les a postées à Bari, selon le cachet de la poste. «Même si ces lettres ne contiennent aucun mot de la part de Matthias, nous savons que c’est bien lui qui les a envoyées, car c’est lui qui a écrit les adresses», explique Valerio L., oncle des fillettes et frère de leur mère. Il a rencontré mardi en début d’après-midi la presse suisse, française, italienne et canadienne à Saint-Sulpice, devant le domicile de la mère d’Alessia et de Livia. La police a indiqué avoir d’autres éléments en sa possession à propos de ces enveloppes. Mais elle les garde secrets «dans l’intérêt de l’enquête».

Aucun élément ne permet à ce stade d’être sûr et certain que les deux fillettes ont quitté la Suisse. La police vaudoise avait d’ailleurs utilisé un hélicoptère lundi pour des recherches au-dessus du lac Léman. Jusqu’ici, la famille s’accrochait à l’espoir que le père ait confié ses deux filles à quelqu’un contre de l’argent, car il avait retiré plusieurs milliers de francs de son compte en banque. «L’hypothèse qu’il ait payé quelqu’un pour les garder ne tient plus. Cela nous inquiète», poursuit Valerio L. A propos du geste de son beau-frère, il parle de «mouvement de folie total». La famille a décidé de ne plus parler aux médias.

Le profil psychologique du père est difficile à établir en l’état actuel de l’enquête. «C’était un homme introverti, ayant peu de vie sociale», note Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police vaudoise. C’est devant une nuée de journalistes de plusieurs pays qu’il s’est exprimé mardi en début de soirée.

L’enquête s’est poursuivie durant toute la journée de mardi, avec de nombreux contrôles en Suisse, en France et en Italie. A ce stade, la police et la famille y voient un peu plus clair sur ce qui s’est passé ce fameux dimanche après-midi. La dernière fois que les deux fillettes ont été vues, elles jouaient avec d’autres enfants à Saint-Sulpice (LT du 08.02.2011). Puis, à 15h50, Matthias S. a envoyé de Morges un SMS à son épouse, lui indiquant qu’il ne lui ramènerait pas ses filles comme prévu, mais qu’il les déposerait à l’école le lendemain matin. Il en avait la garde ce week-end là, car le couple était en pleine séparation.

A 18h04, il a passé la frontière à Genève en direction de la France. Il n’avait toutefois pas avec lui les cartes d’identité et les passeports des fillettes, qui sont actuellement toujours aux mains de leur mère. Il n’avait en outre pas pris avec lui de sièges spéciaux pour asseoir les fillettes dans sa voiture, une Audi A6 break noire, alors qu’ils sont obligatoires en Suisse.

Il est désormais certain que le père a bel et bien pris un ferry à Marseille le lundi 31 janvier au soir et est arrivé le lendemain matin à Propriano, en Corse. On reste sans témoignage pour les enfants.

Qu’a-t-il fait entre le mardi ­matin 1er février et le jeudi 3? Mystère. Peut-être est-il revenu sur le continent avant de rejoindre l’Italie, peut-être y est-il allé directement, peut-être est-il passé par la Sardaigne.

C’est ensuite seulement, lorsque le corps du père a été retrouvé jeudi dernier, que la police a lancé un avis de disparition concernant Alessia et Livia à l’attention du public et des médias. Et cela même si elle enquêtait sur cette triple disparition depuis dimanche. Un testament avait été retrouvé ce jour-là au domicile du père. «Il ne contenait rien d’inquiétant pour l’intégrité d’Alessia et de Livia, note Jean-Christophe Sauterel. Raison pour laquelle nous n’avons pas émis directement un avis de disparition.» La police cantonale enregistre 400 disparitions par an. «La plupart» se terminent bien.

Le signalement des fillettes Alessia et Livia, ainsi que de leur père, Matthias S., est disponible sur le site de la police vaudoise: www.police.vd.ch