Face aux soixante députés du parlement jurassien, ils sont alignés en rang d'oignons. Chaque mois, en début de session, les cinq ministres sont soumis au feu roulant des questions orales. Un examen.

Placé tout à gauche, le radical Michel Probst veut apparaître comme un gouvernant qui bûche, le nez dans ses dossiers, quelques rares regards par-dessus ses lunettes. A côté de lui, la socialiste Elisabeth Baume-Schneider, souriante, amincie, papote volontiers à gauche et à droite, souvent avec son collègue PDC Charles Juillard, dans le dos du président, Laurent Schaffter. Qui trône au centre, fier de son titre. Sur la droite, les deux magistrats démocrates-chrétiens. Charles Juillard, visage serein, à l'écoute, prêt à réagir. Plus loin, Philippe Receveur, le nœud de cravate desserré, appliqué lorsqu'il doit s'exprimer.

Le souvenir du Juragate

Le gouvernement jurassien élu en novembre 2006 donne de lui l'image d'une équipe complice et homogène, davantage que la précédente, sans tête qui dépasse ou qui boude. On voit bien que Jean-François Roth n'est plus là.

Ce gouvernement avait pourtant signé une entrée en matière calamiteuse. Le Juragate de la fin 2006. Avec Pierre Kohler dans le rôle de l'intrigant, les trois nouveaux conseillers d'Etat, les deux PDC et le radical, avaient ôté le Département de l'environnement à l'«ancien» Laurent Schaffter, qui s'estimait victime d'un complot via de faux courriels.

Bisbille générale. Revirement de Michel Probst. Laurent Schaffter récupère son joujou. Puis, séance publique de réconciliation le 30 décembre. Si elle a suscité de la raillerie, dans et hors du Jura, l'affaire n'a toutefois pas entamé la confiance dans un gouvernement à qui on veut donner sa chance. Le Conseil d'Etat s'est alors mis au travail. Pour élaborer un bon programme de législature, pragmatique. Les ministres ont souvent répété, d'une seule voix, leur promesse électorale de réformer et moderniser un canton engoncé.

Le temps de l'impatience

Un an après, l'impatience se manifeste. Si les groupes politiques saluent le fait que l'exécutif ne se soit pas précipité, pour éviter de heurter et d'aller à l'échec, nombre de Jurassiens, chefs d'entreprise et politiciens, estiment que le temps d'agir est venu. La perspective du déclin est certes mise entre parenthèses grâce à la haute conjoncture, mais le danger reste menaçant. «C'est maintenant qu'il faut préparer des échéances décisives pour le canton, avertit le porte-parole du gouvernement, Pierre-Alain Berret: la connexion directe au TGV en 2011, la Transjurane terminée en 2015. C'est le bon moment pour attirer les investisseurs.»

C'est le point fort du programme gouvernemental. Même s'il y a doutes sur la capacité de le réaliser: «On nous parle de rapprochement avec Bâle, constate le maire socialiste de Delémont, Gilles Froidevaux. Mais ça reste un slogan. On attend des actions concrètes.»

Autre dossier brûlant attendu: le programme d'économies qui doit éponger le déficit structurel du canton. «Je suis dans l'expectative», dit l'ancien député et observateur avisé Jérôme Œuvray. Illustrant le sentiment général. «J'ai confiance dans le gouvernement, mais il doit donner des signaux concrets de son action.» «Mieux vaut y aller prudemment», nuance le président radical de la très influente commission parlementaire de gestion, Serge Vifian. «Agréablement surpris», dit-il, par le gouvernement. Qui agit, constate-t-il, pas de manière spectaculaire, mais en coulisse, avec efficacité. Et de saluer une planification financière qui a exigé des choix, ou un «recadrage» des services administratifs et de la manne financière distribuée.

Reste qu'il manque «un véritable signal», selon Jérôme Œuvray, «un souffle», pour Gilles Froidevaux. Pour sortir d'un attentisme qui dure et «voir enfin ce dont ce gouvernement est capable», relève un patron d'entreprise.