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Dominique Sartori, directeur de l’Hôpital du Jura bernois: «La grande erreur est de se focaliser sur l’aspect purement économique de l’hôpital, ce qui démotive les gens. Si vous travaillez bien, les recettes suivent.»
© Pierre Montavon

Santé

Le Jura bernois offre un modèle de survie aux petits hôpitaux

Après le grounding de l’Hôpital neuchâtelois, peut-être faudrait-il s’inspirer du modèle bernois, qui offre une large autonomie aux hôpitaux publics. L’hôpital du Jura bernois (HJB) affiche en tout cas une étonnante santé financière

Après l’approbation de l’initiative pour deux hôpitaux autonomes dans le canton de Neuchâtel et avant le vote de Moutier sur son rattachement au canton du Jura, le paysage hospitalier de l’Arc jurassien est en plein bouleversement.

Les trois cantons de la région ont suivi des politiques singulièrement différentes, notamment celui de Berne, qui a accordé une totale autonomie à ses hôpitaux. L’Hôpital du Jura bernois (HJB) en a largement profité pour maintenir deux sites de soins aigus, de même qu’une offre en lits EMS: «Je suis convaincu que les petits hôpitaux de proximité sont la meilleure solution au problème du vieillissement de la population», déclare le conseiller d’Etat Pierre Alain Schnegg.

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Au début des années 2000 pourtant, personne ne pariait un sou sur la survie des sites de Moutier et de Saint-Imier en tant qu’établissements de soins aigus. Au nord, il y avait Delémont et Porrentruy; au sud, Bienne; et à l’ouest, La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel. C’était trop aux yeux des planificateurs, ce d’autant plus que le canton de Berne, sous la houlette du conseiller d’Etat socialiste Samuel Bhend, décide de transformer tous ses hôpitaux en sociétés anonymes de droit privé. Le temps des subventions publiques est révolu.

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Le condamné fait mieux que survivre

«Non, je n’ai pas eu peur de relever ce défi, car c’était l’occasion de regrouper les deux sites de Moutier et de Saint-Imier», raconte Dominique Sartori. Ce Prévôtois d’adoption, né à Péry – à la maison – voici 58 ans, travaille depuis trente-quatre ans dans un établissement qu’il dirige depuis 2012. Il est à l’image de sa région: discret, mais bosseur, efficace et convivial. «La grande erreur est de se focaliser sur l’aspect purement économique de l’hôpital, ce qui démotive les gens. Si vous, vous travaillez bien, les recettes suivent.»

Nous commettons une erreur fondamentale en poussant trop à la concentration.

Pierre Alain Schnegg, conseiller d’Etat UDC

Le résultat est là: malgré le contexte politique plaçant les hôpitaux sous une pression maximale, le «condamné» HJB a fait mieux que survivre. Il arbore une santé financière saine. Il réalise un bénéfice annuel d’environ un million de francs sur un chiffre d’affaires de 88 millions, n’a pas de dette et dispose même de 40 millions de fonds propres. Il se passe aussi de prestations d’intérêt général (PIG), ces montants que les cantons assument pour financer des activités non rentables, que leurs détracteurs appellent des «subventions déguisées, source de distorsion de concurrence».

Alliance avec Genolier

Mieux encore: ses deux sites, qui sortent d’une rénovation ayant duré dix ans, sont très appréciés par la population: 94% de taux de satisfaction selon une enquête nationale (ANQ).
L’HJB couvre 80% des besoins en soins de la population du Jura bernois tout en offrant aussi 150 lits en EMS. Il a conservé une maternité à Saint-Imier malgré un nombre restreint de naissances: 370 seulement par an.

Pour maintenir des prestations dans la région, il cultive la notion de service public de manière décomplexée, n’hésitant pas à créer un institut de radiologie avec le groupe Genolier Swiss Medical Network, lequel a investi quelque deux millions dans un appareil d’imagerie médicale. Hors des frontières, le Jura et Neuchâtel ont crié à la «surmédicalisation». Dominique Sartori assure que non: «Nous avons surtout récupéré des patients qui allaient à Bienne.»

Autre artisan de ce succès: Pierre Alain Schnegg. Ce patron d’une entreprise informatique a présidé durant sept ans le conseil d’administration de l’hôpital, avant d’être élu au Conseil exécutif bernois sous la bannière de l’UDC en été dernier et de reprendre la Direction de la santé publique et de la prévoyance sociale. Pierre Alain Schnegg est un grand pourfendeur des «planificateurs qui voient trop grand», il croit en l’avenir de petits hôpitaux de proximité: «Nous commettons une erreur fondamentale en poussant trop à la concentration.» Le magistrat bernois veut rompre avec une politique de santé qui fonctionne encore trop dans une logique de silos. «Cela nous paraît encore être de la science-fiction, mais à l’avenir, les médecins de l’hôpital viendront soigner les patients dans les EMS.»


Jura: en attendant Moutier

L’Hôpital du Jura a redessiné sa carte hospitalière dans la douleur, mais sans drame. Reste l’inconnue concernant la cité prévôtoise

Moutier divorcera-t-il du canton de Berne pour rejoindre le canton du Jura le 18 juin prochain? Si oui, comment les deux sites de soins aigus, distants de 15 km seulement, se répartiront-ils les missions? Des deux côtés de la frontière actuelle, les acteurs de la santé observent un silence de plus en plus assourdissant à mesure que se rapproche cette échéance historique.

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On les sent très soucieux de ne pas influencer un vote d’abord politique. Difficile pourtant. Au nord comme au sud, l’Hôpital du Jura (H-JU) et celui du Jura bernois (HJB) sont de gros pourvoyeurs d’emplois: 1300 collaborateurs pour le premier et 760 pour le second. Il faudra forcément rationaliser, mais personne ne veut jeter de l’huile sur le feu. Dans le Jura bernois, on perçoit une légère inquiétude. «Ce sera au propriétaire de prendre les décisions. Personnellement, j’ai beaucoup de questions sans réponses», déclare laconiquement le directeur de HJB Dominique Sartori.

Son collègue de H-JU Kristian Schneider se trouve dans la même incertitude: «Nous nous accommoderons du résultat des urnes.» Quant à son président du conseil d’administration, l’ancien ministre Philippe Receveur, il apporte tout de même cette précision: «En cas de oui, nous veillerons à respecter la structure à deux sites de l’Hôpital du Jura bernois, car l’entité de Saint-Imier compte pour les Jurassiens.»

80 nouveaux emplois

Quoi qu’il en soit, le Jura n’a pas attendu ce vote ni la nouvelle LAMal instaurant la libre circulation des patients et les tarifs au forfait pour redessiner sa carte hospitalière. Il l’a fait dans la douleur, mais sans drame. L’Hôpital du Jura (H-JU) a regroupé les soins aigus à Delémont, qui offre une maternité et un bloc opératoire fonctionnant 24h sur 24. Quant au site de Porrentruy, il a certes perdu ses soins aigus, mais il est devenu un centre de référence en matière de réadaptation et de rééducation. Cette nouvelle mission a permis de créer 80 emplois ces cinq dernières années, le nombre de collaborateurs étant passé à plus de 500.

«Nous avons clarifié les missions. Les réticences régionales ont en grande partie disparu», relève avec satisfaction le directeur de l’Hôpital du Jura Kristian Schneider. Sur le plan financier, l’H-JU ne réalise plus de pertes et peut financer ses principaux investissements. Il a touché 12 millions de prestations d’intérêt général sur un budget de 179 millions en 2016.

Sur le plan des collaborations, on sent l’H-JU tiraillé entre l’est et le sud-ouest. Le 28 février dernier, il annonce renforcer sa collaboration avec l’Hôpital universitaire de Bâle, mise en place en automne 2015. Pour les prestations complexes, il a créé un itinéraire de soins pour le patient obéissant à des critères sévères de qualité. Cela ne signifie pas qu’il se détourne des autres hôpitaux de l’Arc jurassien. «Il faudra se partager des médecins spécialisés, que ce soit dans l’hématologie, la radio-oncologie ou l’urologie, entre plusieurs hôpitaux de l’Arc, de manière à maintenir les prestations de base à proximité des patients», envisage Kristian Schneider.


Neuchâtel: tout reconstruire

Après l’acceptation de l’initiative pour deux hôpitaux autonomes, le Conseil d'Etat perd dix ans d’études et de travaux. Tout est à refaire

Un mois après le crash du contre-projet du Conseil d’Etat qui voulait concentrer les soins aigus à Neuchâtel et construire un centre unique de réadaptation à La Chaux-de-Fonds, le ministre de la Santé Laurent Kurth n’a plus qu’une chose à faire: «Le peuple a voté, il faut mettre en œuvre l’initiative.» Celle-ci réclame deux hôpitaux «sûrs, autonomes et complémentaires», l’un dans le Littoral, l’autre dans les Montagnes. Elle a sonné le glas de la structure actuelle de l’Hôpital neuchâtelois (HNE), mise sur pied dès 2005.

Reste à savoir comment ces deux nouveaux établissements vont fonctionner. Vont-ils vraiment être complémentaires ou se livreront-ils plutôt une concurrence larvée? En tout cas, la victoire de l’initiative pourrait ouvrir une voie royale à un acteur privé qui pèse de plus en plus sur le paysage hospitalier cantonal: l’entité neuchâteloise du groupe Genolier Swiss Medical Network (GSMN), propriétaire des cliniques de La Providence et de Montbrillant. Celui-ci souligne que dans le canton, le secteur privé offre 25% des lits de soins aigus ainsi que 50% des blocs opératoires.

Lutte à couteaux tirés

Jusqu’à la votation du 12 février, le Département de la santé de Laurent Kurth et GSMN Neuchâtel ont été à couteaux tirés. Certes, les deux parties ont conclu plusieurs partenariats public-privé (PPP) sur la néphrologie, l’urologie et les soins intensifs. Mais il reste un important contentieux sur la liste hospitalière cantonale, contre laquelle GSMN a recouru au Tribunal administratif fédéral.

Président du conseil d’administration de Swiss Medical Network, Raymond Loretan affiche les ambitions de son groupe. «Nous voulons faire partie de la solution», déclare-t-il au Temps. «L’issue du vote doit être interprétée comme une chance. C’est l’occasion d’entamer une vraie réflexion sur le réseau hospitalier de tout l’Arc jurassien, y compris avec les hôpitaux du Jura et du Jura bernois», renchérit-il, tout en refusant d’entrer dans les détails. «C’est trop tôt. Il faut d’abord dialoguer avec tous les acteurs du dossier.»

Soucieux d’apaiser les esprits, Laurent Kurth souligne qu’il est acquis aux PPP. «Je suis ouvert, mais je souhaite qu’ils se développent dans le respect de l’intérêt de chacun des partenaires plutôt qu’en mode de conquête agressive de territoire», précise-t-il.

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