Freddy Rumo, avocat chaux-de-fonnier et ancien président de l'Association suisse de football, multiplie les procédures contre sa condamnation pour escroquerie. En novembre 1998, il a écopé d'une peine de 15 mois d'emprisonnement avec sursis par le Tribunal de Delémont qui lui reproche d'avoir facturé du chômage fictif à l'Ofiamt et touché indûment plus de trois millions de francs, alors qu'il était administrateur de la société horlogère Nouvelle Piquerez à Bassecourt. Dernièrement, il a obtenu l'ajournement de son procès en deuxième instance, prévu pour mardi, comme l'avaient été les audiences agendées aux 9 juin et 21 octobre 1999.

Mercredi dernier, le parlement jurassien a dû désigner un tribunal extraordinaire et assermenter cinq avocats de la place, Freddy Rumo ayant récusé tout ce que le Jura compte comme juges. Ce tribunal particulier devra justement statuer sur les demandes de récusation en cascade.

Dans le Jura, les voix se multiplient pour dénoncer la stratégie de Freddy Rumo, soupçonné de «jouer la montre» et tirer les ficelles de la procédure pour repousser autant que faire se peut une éventuelle condamnation définitive qui pourrait priver cet avocat de son rang au barreau. Il conteste vigoureusement, affirme user de ses droits et dit ne pas narguer la justice, même s'il s'en était pris «au petit juge de campagne» qui l'avait condamné en première instance, auquel il reprochait de «vouloir le massacrer et lui jeter l'opprobre» (Le Temps du 28 novembre 1998).

«L'Ofiamt n'a pas versé un centime de trop à l'entreprise que je gérais. J'entends le démontrer. Mes requêtes ne visent qu'à me permettre de produire des moyens de preuve servant ma défense.» En vue du procès en appel, Freddy Rumo a réclamé une expertise complémentaire, qui a été réalisée, la mise au dossier de plans de travail et, surtout, le témoignage de deux employés. Des témoins que la justice jurassienne refuse d'entendre.

Freddy Rumo a recouru au Tribunal fédéral (TF) qui l'a débouté, la cour estimant que le rejet des requêtes ne lui porte pas un préjudice irréparable. «Le TF précise que je pourrai m'en plaindre ultérieurement, ce qui constitue un bon point», commente Freddy Rumo. «Qu'on accepte que je cite deux témoins et que je produise un tableau, et le procès pourra avoir lieu, assène l'avocat. Mais il n'est pas question que je me rende devant la Cour d'appel les poings liés, avec comme unique moyen de défense une plaidoirie limitée à quinze minutes.»

Défendu par des avocats lausannois et delémontain, Freddy Rumo est décidé à se battre jusqu'au bout. «J'irai jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme si nécessaire. Mais avant, je dois épuiser les instances nationales.»

L'avocat dément viser la prescription. «Vous n'y pensez pas, c'est en 2007, rétorque l'intéressé. Je suis la première victime des rebondissements de l'affaire. A chaque fois, les médias rappellent ma condamnation, sans égard pour la présomption d'innocence et sans évoquer le fond de l'affaire. Ce n'est pas facile à vivre. Heureusement, ma clientèle me reste fidèle. On aurait pu éviter sept ans de procédure, si on m'avait laissé produire mes moyens de preuve.»

L'épuisement des procédures en cours prendra encore plusieurs mois. Freddy Rumo ne sera pas jugé en appel avant l'automne, voire le début de l'année prochaine. L'avocat chaux-de-fonnier, âgé de 56 ans, sait qu'une condamnation définitive pour escroquerie induirait des sanctions professionnelles prononcées par ses pairs. «Même si l'affaire n'est pas en relation avec mon activité d'avocat, je tirerais moi-même les conséquences d'une condamnation, même assortie du sursis: j'arrêterais.»