A dix jours du second tour de l’élection au gouvernement jurassien, le 8 novembre, les jeux sont plus ouverts que jamais. Six candidats sont en lice pour cinq fauteuils. Seul sortant avec le PDC Charles Juillard qui sera aisément reconduit, le ministre socialiste Michel Thentz, 57 ans, élu en 2010, vacille. Chahuté dans son propre camp, s’étant mis à dos le monde agricole et l’Ajoie, l’ancien ingénieur horticole n’a pris que le sixième rang du premier tour, sans toutefois être largué.

Ce mercredi au parlement jurassien à Delémont, en marge des débats ordinaires, les supputations allaient bon train dans le couloir qui mène à la cafétéria.

Trois scénarios ont cours. Le premier s’appuie sur la mathématique électorale et table sur le statu quo politique (2 PDC, 2PS, 1 PLR). Après la primaire du premier tour le 18 octobre qui a éliminé Gabriel Willemin (5e, qui s’est retiré), le PDC fait aisément élire le sortant Charles Juillard et le nouveau-venu Martial Courtet. Dans la foulée, il apporte un soutien décisif au candidat PLR Jacques Gerber, histoire de maintenir une majorité PDC-PLR.

Sentant le danger, reconstituant une alliance qui lui permet notamment d’avoir un élu dans chaque chambre du parlement fédéral, la gauche se mobilise et élit Nathalie Bathoulot, seule femme en lice dont personne ne conteste l’accession au Conseil d’Etat, et sauve le «soldat» Michel Thentz. Accusant un retard de près de 900 voix après le premier tour, le chrétien-social indépendant David Eray, sans démériter, ne parvient pas dans cette configuration à redonner un siège gouvernemental à son parti (le PCSI et son ministre Laurent Schaffter avaient été évincés en 2010).

Double dynamique

Le deuxième scénario s’appuie sur une double dynamique. Celle de la gauche unie, mais qui ne peut compter que sur son potentiel de 30% (elle a perdu 3 sièges au parlement le 18 octobre et n’en occupe plus que 18 sur 60). Face à elle, la droite majoritaire, bien qu’éclatée, se fédère implicitement et vote pour trois, voire quatre candidats: les deux PDC, le PLR Gerber et le PCSI Eray, qui a clairement choisi son camp et s’en prend au socialiste Michel Thentz. D’autres paramètres confortent ce scénario: David Eray est franc-montagnard. S’il n’est pas élu, avec le retrait d’Elisabeth Baume-Schneider, le plus petit des districts jurassiens ne serait plus représenté au gouvernement, une première dans l’histoire jurassienne. Pour respecter l’équilibre régional, dit-elle, l’UDC appelle d’ailleurs à voter pour David Eray le Franc-Montagnard. Il est encore le seul candidat émanant de l’industrie privée. Dans l’hypothèse où David Eray est régulièrement intégré aux bulletins PDC, il peut devancer le socialiste Michel Thentz et confirmer le fait que, dans le Jura, jamais le PS n’est parvenu à faire élire deux des siens au Conseil d’Etat lors de deux élections consécutives.

Le troisième scénario est celui de la totale incertitude. A l’exception de Charles Juillard, leader du Conseil d’Etat qui devrait être confortablement réélu, lavant l’affront subi en 2010 avec une réélection de justesse, et de la socialiste Nathalie Barhoulot qui profite pleinement de son statut de femme, les quatre autres prétendats peuvent être battus, même les PLR Jacques Gerber (dont personne ne parle vraiment) et le PDC Martial Courtet (brouillon en fin de campagne).

Personne n’est en mesure de prévoir comment l’électorat remplira son bulletin, avec un, deux ou cinq noms, et quelle sera la participation (54,1% au premier tour). Dans les derniers débats, les candidats ont affiché beaucoup de fébrilité et se sont peu profilés, compliquant le choix d’un électorat qui a clairement orienté le parlement à droite.