Forcément, le plus vieux métier du monde s'est propagé partout. «Le Jura ne fait pas exception», constate le gouvernement, qui présente une loi sur la prostitution. Il se doit d'ajouter: «Même si le phénomène reste moins prononcé que dans d'autres cantons.» «On lit des petites annonces liées à notre canton», renchérit le chef de la police judiciaire, Michel Saner.

La pratique de la prostitution reste pourtant limitée. «Une douzaine de salons de massage pour tout le canton, quelque 25 personnes y travaillent, précise le policier. Tout cela est fluctuant.» Et le Jura ne connaît pas de prostitution de rue.

Recyclage légal

Alors, pourquoi légiférer? «Parce qu'une motion parlementaire l'exige, rétorque la ministre Elisabeth Baume-Schneider. Et parce que nous avons besoin d'une telle base pour cadrer, prévenir et intervenir.» Le Jura ne fait pas dans l'inédit. Il reprend à son compte ce que Vaud et Neuchâtel ont adopté en 2004 et 2005. Principe de base: la prostitution est une activité licite réglementée. Pour la contrôler, autant les exploitants de salons de massage que les prostituées elles-mêmes ont l'obligation de s'annoncer à la police. Avec menace d'expulsion à la clé pour les contrevenantes et fermeture du salon pour les exploitants. Des exploitants qui doivent montrer patte blanche: ne pas avoir été condamné pour une infraction liée à la prostitution et ne pas avoir été responsable d'un salon fermé par les autorités dans les dix ans qui précèdent.

«On s'annonce et on est protégé», clame Elisabeth Baume-Schneider pour inciter les personnes qui s'adonnent à la prostitution, autochtones et étrangères, à respecter les exigences. La loi s'oppose fermement à la traite des personnes, aux menaces, violences et pressions.

Le texte jurassien cantonne la prostitution dans les salons de massage. Et l'exclut des cabarets, où les autorités constatent que «les artistes se prostituent souvent de manière officieuse». La police annonce des «contrôles sporadiques», sans zèle excessif, mais sans permissivité non plus. En cas d'infraction, la sanction est annoncée: le cabaretier se verra retirer sa patente.

Pays tranquille, le Jura ne veut pas voir l'ordre et la bienséance publics troublés par les activités de prostitution. L'un des articles de la loi énumère les endroits où elles sont proscrites: dans les quartiers résidentiels, aux abords des écoles, lieux de culte et hôpitaux, dans les parcs publics, aux arrêts de transports publics ou dans les toilettes publiques. Même les parkings sont déclarés sites hostiles! «En plus des cabarets, la prostitution est proscrite dans les hôtels», insiste Elisabeth Baume-Schneider.