Echaudé par le «pornogate», qui a vu une trentaine de fonctionnaires, ainsi que le procureur général et un juge cantonal, être surpris à consulter des sites pornographiques, durant de longues heures, à leur bureau, le Jura surverrouillerait-il, désormais, l’accès des agents de la fonction publique à Internet? C’est l’impression laissée par un sujet du Quotidien jurassien, affirmant que près d’un million de sites sont bloqués et parmi eux, ceux de journaux et de radios. Ou encore le site satirique de Super-elector, qui brocarde les élus du canton.

La réalité est plus nuancée, comme l’explique Bruno Kerouanton, responsable de la sécurité au Service informatique cantonal. Pour déterminer les sites internet inaccessibles, le Jura s’appuie sur une «liste noire», établie par des bénévoles travaillant pour l’Université de Toulouse. «Il n’y a en fait ni liste noire, ni liste blanche, précise l’informaticien. Mais près d’un million de sites triés par catégories, mises à notre disposition.»

L’institution française classe donc les adresses internet non professionnelles en une quarantaine de genres, allant de l’information aux blogs en passant par les «sites pour adultes». Cette dernière catégorie constitue plus de 90% des sites considérés.

«Il existe de nombreuses sociétés commerciales fournissant de telles listes, reprend Bruno Kerouanton. La plupart sont anglo-saxonnes. Or, les utilisateurs jurassiens recherchent plutôt des sites francophones. Voilà pourquoi nous avons retenu la liste fournie par l’Université de Toulouse, qui a bonne réputation. De plus, elle est gratuite et mise à jour très régulièrement.»

Serait-ce alors une institution universitaire française qui décréterait quels sites Internet sont accessibles ou non par les fonctionnaires jurassiens? «Pas du tout, corrige l’informaticien cantonal. Nous recevons les listes, mais nous décidons ce qui est filtré et ce qui reste disponible.»

Alors, comment se fait-il que le site satirique de Super-elector soit bloqué? «Pour une raison très simple: la catégorie des blogs, qui n’est pas utile au travail des fonctionnaires, est filtrée. Et Super-elector est un blog.»

Et les sites de journaux? «C’est juste que l’Université de Toulouse les répertorie et nous les transmet, reprend le collaborateur du Service informatique. Mais nous les laissons ouverts. Comme ceux des radios. Avec cette nuance: pour ne pas surcharger la bande passante, l’accès au streaming est limité. Mais les radios RFJ et RSR sont accessibles.»

Bruno Kerouanton affirme davantage ouvrir des accès qu’en bloquer. «Mon rôle n’est pas de sanctionner ou d’interdire par principe, mais de veiller à appliquer précisément les directives concernant l’utilisation d’Internet», précise-t-il. «Si un besoin est avéré, par exemple dans les domaines éducatifs, ou concernant la violence conjugale, l’accès est ouvert», confirme le porte-parole du gouvernement, Pierre-Alain Berret.

Le Jura s’est-il prémuni, ainsi, contre tout risque de nouveau «pornogate»? «Par définition, dans ce domaine, rien n’est jamais garanti, relève Bruno Kerouanton. Nos filtres sont plutôt complets, avec près d’un million de sites bloqués. Mais il y en a forcément qui passent à travers les mailles du filet. Et il existe des techniques pour contourner le filtrage. Pourtant, le risque de tomber par hasard sur un site interdit devient très faible.»

Aucun standard intercantonal

Le scandale du «pornogate» n’a pas seulement ébranlé le Jura. Il a interpellé d’autres administrations. Se sont-elles alignées sur les mesures jurassiennes? «Si nous avons des contacts entre informaticiens romands, relève Bruno Kerouanton, il n’y a toutefois pas de standards transcantonaux concernant ce qui est accessible ou non sur Internet. Mais je sais que, comme nous, certains cantons filtrent.»