Comme il l'a fait en révisant sa loi sur l'action sociale et en créant le revenu minimum de réinsertion, le Jura ne se contente pas d'un rattrapage en généralisant les infirmières scolaires. Claude Hêche et son équipe ont décidé d'en faire les piliers du réseau de prévention, de promotion et de protection de la santé à l'école. Elles travailleront de concert avec le médecin scolaire, le médiateur, l'animateur santé, les psychologues, les enseignants, les parents et les élèves. L'expérience menée depuis trois ans à l'école secondaire du val Terbi, à Vicques, a produit d'excellents résultats.

Le ministre de la Santé, Claude Hêche, est ainsi très fier de la philosophie jurassienne, «qui attire l'attention en Suisse alémanique, par exemple. Notre projet a même été présenté au colloque des médecins scolaires français à Paris.»

«La médecine est entrée à l'école à une époque où les maladies infectieuses, dont la tuberculose, étaient les principaux problèmes d'hygiène publique, rappelle le médecin cantonal, Jean-Luc Baierlé. Actuellement, la plupart des jeunes sont en bonne santé, mais confrontés à des problèmes relevant de la sphère psychosociale et se traduisant par des troubles du sommeil et de l'alimentation, la consommation de substances engendrant la dépendance, les problèmes relationnels (dont les violences, sur autrui et sur soi-même), les accidents ou les abus sexuels.» Pour apporter une réponse au «mal-être», Claude Hêche entend «confier à l'infirmière scolaire un rôle d'interface entre les professions de la santé et celles de l'éducation».

Quatre postes à plein temps

Le gouvernement crée dès la rentrée d'août l'équivalent de quatre postes à plein temps d'infirmières scolaires, dont les tâches sont multiples: effectuer les contrôles de santé et les dépistages; assurer des permanences dans toutes les écoles du canton pour être à l'écoute des élèves, des enseignants et des parents; coordonner les actions de promotion de la santé et assumer le rôle de pilier du réseau de prévention. Elles participeront à ce titre aux forums que l'Etat souhaite voir s'instituer dans les écoles, réunissant tous les partenaires scolaires pour évoquer les troubles mentionnés par Jean-Luc Baierlé. «Ça permet d'avoir une autre vision de l'absentéisme ou d'un élève en difficulté scolaire», constate Marcel Bieri, directeur du collège de Vicques. «L'intégration d'intervenants spécialisés renforce le rôle éducatif de l'école», complète Daniel Brosy, du Service de l'enseignement.

Reste à vérifier que l'équivalent de quatre postes libérés par l'exécutif suffira à réaliser les tâches dévolues aux infirmières scolaires. «Pour le lancement de l'opération, cela apparaît suffisant, commente Claude Hêche. L'important est de donner un signe. Au besoin, il n'est pas exclu d'adapter les ressources humaines.»