Dernier-né des cantons suisses, autoproclamé ouvert et rebelle, le Jura où le PDC domine a cru qu’il ferait exception en résistant à la vague UDC qui déferle en Suisse depuis deux décennies. Longtemps, l’UDC n’a été qu’un parti agrarien, circonscrit au district de Delémont, ne pesant que 2 à 3% dans les années 1990.

Il a certes progressé dans les années 2000, à 5 puis 8%, devant pourtant se contenter de deux sièges sur 60 au parlement cantonal. Il y eut bien l’élection de Dominique Baettig au Conseil national en 2007, grâce à un apparentement avec le PLR dont les libéraux-radicaux se sont longtemps mordu les doigts, mais cette «anomalie» a été corrigée en 2011, le conseiller national Baettig étant renvoyé à son cabinet de psychiatre.

Personne ne s’est trop méfié des 15,5% de suffrages emportés par l’UDC aux élections fédérales de 2011. A tort, car l’UDC s’est depuis lors durablement installée sur tout le territoire cantonal et représente désormais une quinzaine de pourcents de l’électorat.

Ce dimanche, surfant sur la vague nationale, l’UDC a non seulement obtenu 12,8% des suffrages au Conseil national, ce qui ne lui permet pas d’obtenir l’un des deux sièges jurassiens à la chambre du peuple à Berne, mais il a réalisé un score pratiquement identique aux élections cantonales. Son candidat au Conseil d’Etat, Damien Lachat, prend le dixième rang du premier tour avec 15,8% des voix. Au parlement, avec quelque 13,7%, l’UDC double sa représentation, de 4 à 8 députés, sur 60. Il a des élus dans tous les districts.

La progression de l’UDC, fait majeur de ce scrutin

La progression de l’UDC est le fait majeur du renouvellement des autorités cantonales jurassiennes. Très net perdant en 2010, le PLR retrouve quelques couleurs et récupère l’un des trois mandats parlementaires perdus il y a cinq ans (de 8 à 9 députés).

Le grossissement des troupes parlementaires à droite provoque des pertes au PDC (deux sièges perdus, de 19 à 17 députés) – la droite jurassienne progresse au final de 31 à 34 députés – et à gauche (2 sièges socialistes perdus, de 14 à 12; et à l’extrême gauche, de 3 à 2 élus). Les chrétiens sociaux (8 députés) et les Verts (4) se maintiennent. La gauche, divisée, ne pèse plus que 26 mandats sur 60 à Delémont.

Tombés durant la nuit, les résultats de l’élection au parlement influenceront les décisions que les partis prendront mardi soir, en lien avec le second tour de l’élection au gouvernement, le 8 novembre. Avec une perte importante, le PDC osera-t-il maintenir dans la course 3 candidats, avec le «risque» de prendre la majorité au Conseil d’Etat, alors qu’il n’a que 17 des 60 mandats parlementaires? Lui aussi en régression, le PS aura fort à faire pour conserver ses deux fauteuils gouvernementaux.

Le PLR peut voir l’avenir avec une certaine sérénité et devrait faire élire Jacques Gerber. Le PCSI sera vraisemblablement aussi en course, avec David Eray qui n’est pas si loin du peloton des prétendants à l’exécutif. Fort de son succès parlementaire, l’UDC pourrait, pour la première fois, rester en course dans un second tour à suspense.