Les Jurassiens observent avec un certain détachement les initiatives visant à redécouper la Suisse politique et à fusionner des cantons. Même lorsqu'elles s'ébauchent à leur porte. Ils ne sont ainsi pas surpris par l'action amorcée chez leurs voisins bâlois, soleurois et argoviens. Les velléités de rapprocher Bâle-Ville et Bâle-Campagne ne datent d'ailleurs pas d'hier.

Le dernier-né des cantons suisse développe une approche différente des projets de fusions intercantonales. «Parce qu'il fait partie de plusieurs institutions de coopération supracantonales, le Jura préfère cultiver l'appartenance souple à plusieurs ensembles, à la carte en quelque sorte, en fonction des intérêts, explique le délégué à la coopération Stéphane Berdat. Dans le découpage imaginé de la Suisse en sept grandes régions, on hésite à intégrer définitivement le Jura à un ensemble. Nous sommes à l'intersection de trois blocs au sein desquels nous voulons agir: l'Espace Mittelland, la Communauté de travail du Jura et la région du Rhin supérieur. Deux de ces ensembles sont même transfrontaliers, englobant des régions françaises et allemandes.»

En fonction des thèmes abordés, les partenaires changent. En matière touristique, le Jura joue la carte de l'Arc jurassien avec le Jura bernois et Neuchâtel. Même orientation pour l'éducation, le projet BEJUNE le démontre. Dans le cadre d'Expo.01, le Jura est solidaire du Mittelland. En matière de développement économique, il regarde résolument vers la région rhénane.

La régionalisation à géométrie variable chère aux Jurassiens est par ailleurs l'un des thèmes développés au travers d'Expo.01 par le groupe de travail Plateau, composé des cantons de Berne, Vaud, Fribourg, Neuchâtel, Soleure et Argovie. «Collaborer entre voisins est indispensable. Tout en conservant les cadres identitaires que sont les cantons», poursuit Stéphane Berdat.

«L'initiative des deux Bâles et des régions limitrophes soleuroise et argovienne ouvre dès lors des perspectives et un débat auxquels nous aimerions être associés, commente le délégué jurassien à la coopération. Non pas pour intégrer ce grand canton de Bâle les mains liées, mais pour participer à l'organisation communautaire de projets communs.»

Francophone et jusqu'ici souvent rétif à la langue de Goethe, le Jurassien peut-il s'intégrer à un grand ensemble germanophone ? «La langue est évidemment une difficulté, mais elle ne doit pas constituer un obstacle. Dans la mouvance actuelle, les Jurassiens doivent ajouter à leur arc la corde de l'allemand.»