Et si le Jura avait son théâtre destiné aux arts de la scène, théâtre et danse en priorité, en 2019? Il est, avec les deux Appenzell et Glaris, l’un des derniers cantons à ne pas avoir de salle artistique digne de ce nom. Tous les projets, jusqu’ici, ont avorté, le dernier, commun avec le Jura bernois, en 2010. Là, le Théâtre du Jura, auquel il faudra d’ailleurs donner un nom – l’idée de l’appeler «Le Zouc» fait son chemin – paraît à bout touchant. Les derniers mois de 2015 seront décisifs.

Sans enthousiasme particulier pour une réalisation attendue pourtant depuis un demi-siècle, les ministres Elisabeth Baume-Schneider et Philippe Receveur, qui s’en iront tous deux à la fin de l’année, ont présenté mardi le programme soumis au parlement. Leur présentation est à l’image du projet: efficient et fonctionnel. «Raisonnable», a dit la ministre de la Culture.

Projet redimensionné

Ne disposant pas de moyens illimités, le Jura a dû raboter. Les utopistes rêvaient d’un théâtre formidable, à 42 ou 45 millions. Puis il y eût l’opportunité de coupler sa construction avec celle d’un centre commercial et d’appartements, au centre de Delémont, dans un partenariat public-privé réunissant la ville, le canton, Coop et HRS. Le partenariat tient toujours, mais le Jura n’est pas prêt à mettre les 33 millions de la version originale des plans.

Le gouvernement a retranché une salle de 120 places, destinée à la création, et un espace d’exposition, pour présenter un projet final à 24 millions. «Il y a de vrais renoncements, mais l’exigence financière nous a contraints à trouver une solution presque aussi bonne, en associant les acteurs culturels», explique Elisabeth Baume-Schneider. Le Théâtre cantonal fonctionnera en synergie avec les salles régionales, en particulier avec le Forum Saint-Georges voisin de la ville de Delémont. «Les missions restent et notamment le cœur du projet, une grande salle de 450 places, jusqu’à 1000 sans les gradins, avec une scène parfaitement équipée», renchérit Philippe Receveur.

De l’extérieur, la maquette présentée en décembre dernier ne subit pas de changement. L’étage supprimé était en sous-sol. Le projet agréé par les acteurs culturels conserve les atouts dévoilés en 2014. Il sera physiquement séparé des immeubles commerciaux et de l’habitat par une grande place, assurant d’ailleurs le lien entre le haut et le bas de la ville de Delémont.

7 millions à charge du canton

L’attention se focalise sur le coût de l’infrastructure et le financement de son fonctionnement. Le canton, qui rabote dans sa trésorerie avec le programme Optima, est certes prêt à mettre la main au porte-monnaie, mais avec modération. Il ne paiera que 14 des 24 millions, exigeant une participation à hauteur de 8 millions de partenaires tiers. Ce n’est d’ailleurs qu’une fois ces 8 millions trouvés hors des caisses cantonales que la construction pourra démarrer. Le solde de 2 millions sera emprunté.

En réalité, le canton investira seulement 7 millions, car il met à disposition de Coop et HRS le terrain; une moitié appartenait à la ville, qui l’a cédé au canton. L’hectare situé au centre de Delémont est vendu plus de 7 millions à Coop et HRS.

Ce qui effraie est davantage, c’est le coût annuel de fonctionnement d’une institution qui emploiera une dizaine de personnes. Il est établi à 3 millions par an, dont 1,7 à charge du canton. La fondation qui gèrera le théâtre devra trouver des sponsors pour près de 900 000 francs.

Les décisions tomberont durant l’automne. Saisi de la demande de crédit, le parlement se prononcera en novembre ou décembre, juste après les élections cantonales – mais ce sera encore l’actuel législatif, le nouveau entrant en fonction en janvier. Le conseil d’administration de la Coop doit aussi donner son feu vert à l’ensemble du complexe dont le coût flirte avec les 100 millions. Ce sera à fin octobre.

Le permis de construire pourrait ensuite être délivré à fin 2016 et le théâtre inauguré au printemps 2019.