Par 15 voix contre 10, la commission a transmis mardi sa recommandation au Conseil fédéral. Mais la décision relève au final de la compétence du gouvernement. Eveline Widmer-Schlumpf doit rencontrer à la fin du mois les autorités jurassiennes pour discuter du dossier. Le gouvernement jurassien souhaite cependant que le Conseil fédéral prenne une décision sur le sort des deux ex-détenus de Guantanamo mercredi déjà lors de sa séance hebdomadaire. «Le Conseil fédéral peut très bien se déterminer sans attendre la rencontre avec le canton», a expliqué sur les ondes de la RSR le ministre jurassien de la justice Charles Julliard. Le président du gouvernement jurassien estime qu’il ne faudrait pas que le Conseil fédéral se réfugie derrière une décision d’un gouvernement cantonal pour faire de la politique étrangère.

Le Conseil fédéral prendra une décision en prenant en compte la position de la commission, a assuré Eveline Widmer-Schlumpf, selon son président Jakob Büchler (PDC/SG). La commission de politique extérieure du Conseil des Etats a également fait part de ses préoccupations à Micheline Calmy-Rey sans toutefois émettre une recommandation formelle, a indiqué son président Eugen David (PDC/SG).

Pour la majorité des commissaires, les aspects de la politique de sécurité ont prévalu sur l’action humanitaire, a déclaré Jakob Büchler devant la presse. La question des relations avec la Chine, qui s’oppose à l’accueil en Suisse de deux anciens détenus Ouïgours, a aussi joué un rôle, a-t-il reconnu.

Dans une lettre envoyée avant Noël à la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, l’ambassade de Chine à Berne avait demandé à la Suisse de ne pas accueillir deux frères Ouïgours actuellement détenus à Guantanamo et considérés par Pékin comme des terroristes présumés. Les relations sino-suisses pourraient être mises à mal, avait-elle menacé. Ce dernier aspect n’est intervenu qu’en quatrième position dans les considérations de la commission, a assuré Yvan Perrin (UDC/NE), tout en reconnaissant que la majorité a «manifestement préféré se fâcher avec les Etats-Unis plutôt qu’avec la Chine».

La commission considère que c’est aux Etats-Unis de résoudre le problème de Guantanamo. En décidant d’admettre déjà un prisonnier ouzbek à Genève, la Suisse en a déjà fait assez, selon Yvan Perrin. Les récentes tentatives d’attentats ont en outre montré que le risque de terrorisme n’a pas disparu, a relevé le Neuchâtelois, tout en reconnaissant que les deux Ouïgours n’y sont pas liés.

«Campagne de dénigrement»

Mais les deux Ouïgours bénéficient aussi de soutiens à Berne. Le groupe parlementaire pour les droits humains a publié mardi une lettre ouverte à Eveline Widmer-Schlumpf, lui demandant de ne pas céder à la pression. «Une campagne de dénigrement vis-à-vis de ces deux personnes a été lancée par les autorités chinoises qui ont affirmé que ces deux personnes étaient de dangereux terroristes», écrit ce groupe parlementaire, dont fait notamment partie le conseiller aux Etats Dick Marty (PLR/TI).

Et de rappeler que contrairement aux déclarations chinoises, ces deux frères ne figurent sur aucune liste internationale et n’ont jamais eu de liens avec un quelconque mouvement terroriste. «La Suisse peut et doit donc les accueillir à titre humanitaire pour leur offrir une possibilité de reconstruire une vie dans la dignité et la sécurité.»

Un avis partagé par Amnesty International, qui rappelle que les deux Ouïgours risquent d’être persécutés s’ils retournent en Chine. Vingt-deux personnes de l’ethnie ouïghoure, une minorité turcophone et musulmane du nord-ouest de la Chine, ont été capturés en Afghanistan et détenus à Guantanamo.

Ils ont tous été innocentés et peuvent être libérés. Cinq ont été accueillis par l’Albanie en 2006, quatre par les Bermudes en juin et six par l’archipel de Palau, dans l’océan Pacifique, en octobre.