Ultra-morcelé en 83 communes dont 55 comptent moins de 600 habitants - le processus de fusions en cours réduit le nombre d'entités locales à 68 -, le canton du Jura a longtemps pâti de la concurrence entre ses clochers. Chaque commune a aménagé des parcelles pour villas et sa propre zone artisanale et industrielle. Résultat: le Jura est le canton qui utilise le plus de surface d'habitat et d'infrastructure par habitant, 711 m2, alors que la moyenne suisse est de 400.

Problème: de nombreux terrains affectés aux infrastructures restent non bâtis. C'est particulièrement vrai pour les zones économiques. Sur 425 hectares destinés aux entreprises, 105 restent libres de toute construction, dont plus de la moitié depuis plus de dix ans.

Le retour à la terre

Credo des gouvernants jurassiens depuis près d'une décennie: s'il veut lutter contre le déclin qui menace, s'il entend profiter des voies de communications qui se construisent (Transjurane et gare TGV entre Belfort et l'Ajoie), le Jura doit dynamiser son développement économique. Mais l'actuelle offre pléthorique de terrains prétendument industriels ne permet pas de réaliser le postulat du développement.

Le canton affine dès lors sa stratégie en matière de terrain destiné aux activités économiques. Pour faire meilleure figure dans la statistique des gaspilleurs de terrain, il préconise le retour à l'agriculture ou aux activités de loisirs de quelque trente hectares de zones vouées à l'industrie, mais qui n'intéressent personne. Il prône la concentration des moyens vers quelques secteurs proches des voies de communication et des centres, et l'intercommunalité pour les zones industrielles décentralisées.

Le programme de l'aménagement du territoire est le suivant: la carte industrielle de visite du Jura, ce sont deux emplacements phares, à Delémont avec la Zard et sur la frontière franco-suisse de Boncourt, tous deux arrimés à l'autoroute Transjurane et proches de gares ferroviaires importantes. Le canton soutient aussi le développement d'un secteur en Ajoie, aux Franches-Montagnes, ainsi qu'à Glovelier, un projet qualifié de modèle par l'urbaniste cantonal, Dominique Nusbaumer, car porté par sept communes.

En voulant se départir de surfaces industrielles, alors qu'il souhaite de nouvelles implantations d'entreprises, le Jura ne fait-il pas dans la contradiction? «Pas du tout, rétorquent en chœur Dominique Nusbaumer et le ministre de l'Equipement, Laurent Schaffter. Notre ambition consiste à mieux localiser les zones destinées aux activités économiques et à les rendre plus attractives. Avec comme autre effet de réduire une offre inappropriée. Le Jura est certes vaste, mais son terrain ne doit pas être gaspillé.»

Le canton tente le grand écart entre un développement économique volontariste utilisant forcément des espaces, et un objectif de développement durable, d'utilisation modérée et rationnelle du terrain.

Pour séduire les entrepreneurs, le Jura ne se limitera pas à offrir du terrain équipé bien situé et moins cher qu'ailleurs. Il imagine un processus administratif susceptible d'accélérer l'octroi des permis de construire industriels, dans les zones créditées du label «d'intérêt cantonal», où il subsiste 30 hectares disponibles. «Si une entreprise répond aux critères d'implantation, on vise un délai d'octroi du permis de dix jours, correspondant à la durée du dépôt public», affirme Laurent Schaffter. Pour autant, évidemment, qu'il n'y ait pas d'opposition.

Le Jura a déjà expérimenté les procédures accélérées avec succès. Les extensions des grandes entreprises BAT à Boncourt et Busch à Chevenez ont obtenu un feu vert en trente et un jours, «délai respecté pour l'un des deux projets malgré les fêtes de fin d'année», se réjouit Dominique Nusbaumer.