Depuis qu’il a rencontré la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, vendredi à Berne, Charles Juillard donnait l’impression de douter. Le ministre de la Justice et le Conseil d’Etat confirmeraient-ils l’offre faite par le Jura d’héberger deux ex-détenus de Guantanamo, des frères ouïgours ? Les Jurassiens appuient-ils leur gouvernement dans sa démarche humanitaire ? Une récente consultation électronique du «Quotidien jurassien» donnait une impression de scepticisme : 67% des votants se disaient défavorables à la venue des ex-détenus dans le Jura.

Or, le parlement jurassien a tordu le cou, mercredi, aux spéculations, aux intrigues et aux réactions hostiles de café du Commerce. Une résolution soutenant sans ambiguïté l’accueil des frères Mahnut a été approuvée par 45 des 60 députés, incluant toute la gauche, les chrétiens-sociaux et une large majorité de PDC. Seule l’UDC s’y est opposée, le PLR s’est abstenu.

La déclaration parlementaire, prononcée par la cheffe du groupe PDC, Marie-Noëlle Willemin, affirme que les deux Ouïgours «se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment». C’est parce qu’ils étaient au Pakistan en 2001 «qu’ils ont été vendus aux Américains, pour une récompense de 5000 dollars chacun, par des villageois pakistanais». La députée demande au gouvernement jurassien «de maintenir la proposition d’accueil faite au Conseil fédéral».

Charles Juillard s’est alors fortement engagé : «Le gouvernement jurassien n’est pas prêt à renoncer aux valeurs fondamentales de la République, l’accueil humanitaire, l’ouverture et la solidarité. Il n’est pas prêt à les sacrifier sur l’autel d’intérêts diplomatico-économiques. Et nous ne faisons pas preuve d’angélisme, de candeur ou de naïveté. Pour l’instant, l’offre d’accueil reste valable.»

Le Conseil d’Etat doit confirmer l’offre à la Confédération ces prochaines temps, après analyse de la capacité matérielle du Jura à recevoir les deux Ouïgours. La décision d’offrir l’asile aux frères ouïgours encore détenus à Guantanamo, mais innocentés par la justice américaine et déclarés non dangereux et sans lien avec le terrorisme par des experts américains et suisses, «appartient en finalité au Conseil fédéral», précise le ministre jurassien.