Un maire étranger à la tête d'une des 83 communes jurassiennes en 2008? Le président PDC de la commission parlementaire de la Justice, André Burri, est prêt à relever le défi. «Dans le Jura, un étranger peut voter aux plans communal et cantonal depuis 1979, mais pas être élu. Il y a inégalité de traitement avec les ayants droit suisses qu'il faut corriger», plaide-t-il. Apportant une précision importante: le droit d'éligibilité, comme le droit de vote, ne serait accordé qu'aux étrangers établis depuis dix ans en Suisse, dont un dans le Jura.

Un rôle pionnier

Alors que la tendance est de plutôt durcir les législations envers les étrangers, le Jura souhaite redevenir le pionnier de l'ouverture qu'il était en 1979. Depuis lors, il s'est fait dépasser, notamment par Vaud et Fribourg, qui offrent l'éligibilité communale aux étrangers, élargissements décidés au travers de révisions constitutionnelles. Le Jura ambitionne de faire adopter l'éligibilité communale des étrangers pour elle-même. Neuchâtel pourrait l'imiter.

Il y avait eu un premier essai jurassien en 1996. Le parlement avait accepté la mesure. La votation populaire provoquée par un référendum avait été négative, d'un cheveu (52,8%). Pas découragés, les partisans de l'intégration ont privilégié la stratégie des petits pas.

Ils ont d'abord permis aux étrangers d'être éligibles dans les parlements communaux des villes, mesures ratifiées à de confortables majorités en 2000 à Delémont (64,7%) et Porrentruy (78%). Par souci d'égalité de traitement. Le droit de vote permet aux étrangers de participer aux assemblées communales dans les petites localités, ils doivent pouvoir accéder aux législatifs des communes qui ont un parlement élu. Depuis lors, des étrangers ont été élus, sans faire de vagues. En 2005, le Conseil de ville de Delémont était présidé par Francesco Prudente, ressortissant italien.

Le député chrétien-social Jean-Paul Miserez entend corriger une autre «demi-mesure»: éligibles dans les commissions et les parlements locaux, les étrangers doivent pouvoir briguer toutes les fonctions communales, celle de maire y compris. Son initiative parlementaire a été soutenue par 48 députés contre 2 (UDC). Soucieuse d'éviter un nouvel échec en votation, la commission parlementaire de la Justice a effectué une vaste consultation. Sur les 58 communes jurassiennes qui ont répondu, 47 soutiennent l'élargissement des droits (85% de la population), et 42 sont disposées à permettre aux étrangers de briguer jusqu'à la mairie.

Même soutien massif des partis politiques, UDC exceptée, avec des réserves chez les libéraux-radicaux. André Burri et sa commission estiment les Jurassiens mûrs pour ratifier l'éligibilité communale d'étrangers intégrés. «Ça ne signifie pas que n'importe quel étranger pourra sans autre devenir maire, rassure André Burri. Il devra avoir fait la preuve de son intégration pour obtenir la confiance d'une majorité d'électeurs.»

Référendum UDC probable

Le président de la commission de la Justice est persuadé d'obtenir une large majorité au parlement, le 13 décembre en première lecture, puis en février pour la seconde. Et, au besoin, il est disposé à aller au combat en cas de référendum que l'UDC brandit.

Un autre argument est d'ores et déjà avancé: le nombre d'étrangers disposant actuellement de droits civiques, en raison des dix ans de résidence exigés, est peu élevé: moins de 4000 pour un corps électoral de 52500 personnes (7,5%). «C'est moins de la moitié des étrangers qui vivent dans le Jura», explique l'initiateur Jean-Paul Miserez.