Le 1er janvier 2002, le Jura a radicalement modifié sa loi et sa philosophie de l'aide sociale. Il a rangé au placard l'aide financière passive, décidée par des élus communaux et donc source d'inégalités, pour entrer dans une logique participative, centralisée et encadrée par des professionnels. Pilier du processus: un contrat d'insertion, qui «vise à activer un processus de reconstruction d'une identité valorisante de la personne, avec la finalité d'une progression vers l'autonomie».

«Certains cantons ont voulu mettre tous les bénéficiaires de l'aide sociale au travail, sans grand succès, constate Jean-Marc Veya, chef du Service jurassien de l'action sociale. Nous avons préféré le qualitatif au quantitatif, en construisant avec la personne un projet précis, cohérent et sur mesure.»

Montant incitatif

«Le facteur temps est déterminant, ajoute Pierrette Bourquenez Berdat, assistante sociale. Il faut trois à six mois pour coconstruire le contrat avec la personne concernée. Qui doit en faire la demande. Il s'agit d'entrer dans son histoire, de créer une nouvelle dynamique, d'en faire un sujet et un acteur de son itinéraire de vie.»

Pour autant qu'il n'ait plus accès à l'assurance chômage, ni à toute autre prestation – AI par exemple – tout bénéficiaire de l'aide sociale peut, et est incité à, s'impliquer dans un contrat d'insertion sociale et professionnelle. Il est conclu pour une durée limitée, de douze mois au plus. Il donne accès, en plus des rentes habituelles, à un «montant incitatif» de 150 francs par mois. «C'est évidemment intéressant, mais pas déterminant», constate Pierrette Bourquenez Berdat. Tous les frais liés à l'organisation du contrat sont pris en charge par l'Etat et les montants alloués ne sont pas remboursables. Le contrat est renouvelable, «mais une seule fois, pour ne pas créer des réinsérables perpétuels», note Jean-Marc Veya.

Pertinence confirmée

Après une année, le programme confirme sa pertinence: la centralisation des décisions donne satisfaction – seules les villes de Delémont et Porrentruy gardent une autonomie décisionnelle. Pour être cohérent, le Jura a brisé les cloisons entre services qui s'occupent des sans-emploi et des personnes à l'assistance. «Nous sommes entrés dans l'ère de la collaboration, clame fièrement Jean-Marc Veya. Fini le temps où les différents dispositifs se renvoyaient les exclus comme de vulgaires paquets.»

En un an, 86 requêtes ont généré 36 contrats d'insertion, la majorité visant un retour à l'emploi. Les 36 bénéficiaires sont entrés en stage ou en formation.

La petitesse du canton permet un suivi et un encadrement personnalisés. Pas encore de résultat spectaculaire, «mais je sens que ces gens vont vers autre chose, repartent dans la vie, dans un cursus de formation ou une thérapie», se réjouit l'assistante sociale. «Dans le Jura, l'insertion n'est pas un concept vide», déclare le ministre des Affaires sociales, Claude Hêche. Reste à convaincre les milieux économiques privés: l'insertion se fait presque exclusivement dans des institutions étatiques ou parapubliques.