Avoir été affublé du bonnet d'âne pour avoir été le seul canton, avec le Tessin, à boucler ses comptes 2006 dans le rouge vif a provoqué un électrochoc dans le Jura. Assainir durablement la trésorerie est devenu un objectif partagé, même si la gauche réfute toute analyse catastrophiste. Entré en fonction au début de 2007, le ministre PDC Charles Juillard a élaboré une batterie de mesures, dont un paquet de 51 opérations structurelles susceptibles de générer une économie annuelle d'une vingtaine de millions, un frein à l'endettement et une réforme des subventions. Jusqu'ici, tout n'était que bonnes intentions.

Mercredi, le parlement devait passer des paroles aux actes. Pourtant coutumier des tergiversations, il n'a pas reculé. Il a voté à l'unanimité la refonte du système des subventions, privilégiant les enveloppes et les contrats de prestations aux prises en charge de déficit. «Le but est de mieux gérer un domaine qui couvre 40% du budget cantonal, pas de se désengager», a rassuré le grand argentier.

Charles Juillard a enregistré un autre succès, plus important. Celui du frein à l'endettement, un principe qui heurte le caractère jurassien, peu enclin à se fixer un cadre trop strict. Le ministre s'en est rendu compte, lorsqu'il imaginait, comme c'est en général la règle, une hausse d'impôt comme sanction à l'inobservation des règles du frein. Il a dû mettre de l'eau dans son vin et opter pour une mesure inédite, «purement politique, écartant tout automatisme», note Charles Juillard: le recours au vote populaire.

Le frein jurassien à l'endettement sera actionné lorsque le taux d'autofinancement budgétaire sera inférieur à 80%. Pour l'éviter, le compte de fonctionnement devra être équilibré et les investissements raisonnables. Le gouvernement a déjà appliqué ce principe à son plan financier jusqu'en 2011. On le vérifiera lors de la présentation du budget 2009.

Dérogations

Le modèle jurassien prévoit une possible dérogation, lors d'événements exceptionnels, «mais pas deux années de suite», précise le ministre. Pour déroger, la majorité qualifiée des deux tiers du parlement sera nécessaire. Autre indicateur susceptible d'activer le frein: lorsque la dette sera supérieure à 150% de la masse fiscale.

Là où le Jura fait montre d'originalité, c'est donc dans la sanction. Si le parlement adopte un budget hors du cadre du frein, il sera soumis au peuple. Qui pourra entériner l'écart financier, ou plus vraisemblablement renvoyer la copie aux autorités, leur enjoignant de respecter les normes. La crise politique est alors programmée.

«Nous avons besoin de cet outil pour assainir durablement nos finances», a plaidé avec succès Charles Juillard, appuyé par 40 députés (UDC-PLR-PDC et PCSI) contre 18 (de la gauche), obtenant ainsi - ce n'était pas nécessaire - une majorité qualifiée.

«C'est le plus beau des autogoals, dénonce le popiste Rémy Meury. La discussion budgétaire ne sera plus politique, mais seulement affaire comptable.» La socialiste Nathalie Barthoulot s'en est pris à «l'ancrage du mécanisme dans le court terme, sans tenir compte des exercices précédents, ni du futur. C'est la primauté de la technocratie sur la réflexion politique.» Estimant encore que le canton se privera de possibilités d'investir. Arguments balayés par Charles Juillard: «Ne pas augmenter la dette, c'est se donner une marge de manœuvre politique», rétorque-t-il.

Pour donner un maximum de poids à la mesure, le frein à l'endettement sera inscrit dans la Constitution. Le peuple aura le dernier mot, au début de 2009.