«Dans la rue, lorsque je dis aux Jurassiens qu'ils paieront moins d'impôts en 2009, ils ne me croient pas. La baisse ira jusqu'à 6,9%!» Même s'il s'applique à apparaître austère et prudent, le ministre des Finances jurassien, Charles Juillard, aux affaires depuis vingt mois et héritier d'une situation financière calamiteuse, cache mal sa fierté. Grâce à sa détermination et sa rigueur, ses compatriotes seront un peu moins mis à contribution par le fisc.

En 2009, le Jura compense, «complètement et en une fois», la progression à froid, arrêtée à 5,9%. Et il applique la décision populaire de 2004. Les Jurassiens avaient alors voté une baisse d'impôt sur la durée: 5% en 2005, puis douze fois 1%, chaque année, de 2009 à 2020.

«Malgré ces mesures fiscales, les incertitudes liées aux marchés financiers, l'inflation qui renchérit la masse salariale, un important volume d'investissements et un montant de péréquation fédérale en baisse», relève le grand argentier, il présente un budget 2009 équilibré. Très légèrement bénéficiaire, à hauteur de 36000 francs. Avec un taux d'autofinancement de 80,4%, dans la cible du frein à l'endettement.

«L'amélioration est sensible depuis 2006», poursuit Charles Juillard, rappelant qu'avec un déficit de plus de 18 millions, le Jura avait été «sacré» cancre financier. Depuis lors, le ministre PDC s'est appliqué à corriger la situation. Les comptes 2007 ont produit un léger boni de 45000 francs, le budget 2008 prévoit un gain de 2,2 millions et «selon nos prévisions, on s'y tiendra». L'effort est salué par l'étude conjointe de l'Idheap et de Bilan, qui classe le Jura au 11e rang du palmarès financier des cantons.

Un tiers du programme d'économies réalisé

S'il parvient à équilibrer sa trésorerie tout en réduisant la pression fiscale, c'est parce que le Jura s'impose «une stricte maîtrise des charges et des mesures d'assainissement durables», explique Charles Juillard. La maîtrise des dépenses est illustrée par la stabilisation des effectifs de la fonction publique.

Au printemps, le gouvernement a dévoilé un plan de 51 mesures d'économies structurelles, susceptibles d'alléger la trésorerie cantonale d'une vingtaine de millions par an. Le budget 2009 intègre un tiers du programme, soit 6 millions d'économies. Ce sera même 1,5 à 2 millions de plus, car les syndicats d'enseignants et de la fonction publique proposent de nouvelles mesures (LT du 07.10.2008) et de passer dès 2009 au régime des 40 heures hebdomadaires dans l'administration, contre 42 actuellement, avec réduction salariale équivalant à une seule heure (-2,38% du salaire).

Pari du ministre des Finances: «Stabiliser les effectifs, malgré la baisse des heures travaillées, sans réduire les prestations. Tout au plus passerons-nous d'une administration cinq étoiles à des services quatre étoiles.»

Déficit structurel pas épongé

Charles Juillard évite de crier victoire trop vite. Si elles retrouvent l'équilibre, les finances jurassiennes ne sont pas pour autant assainies. «Nous profitons encore des effets de la haute conjoncture et nous parvenons tout juste à l'équilibre. C'est insuffisant, dit-il. Il subsiste un déficit structurel conséquent. Et ce n'est pas un refrain obsessionnel.» Le ministre est déterminé à concrétiser l'entier du programme d'assainissement.

Au fait, est-il raisonnable de s'estimer encore en haute conjoncture? Malgré la diminution du taux fiscal, le Jura table sur une augmentation de 2% des rentrées d'impôts, et même de 8,4% du produit de l'impôt des personnes morales. «Nous avons consulté les principales entreprises du canton et toutes, sauf une, prévoient de la croissance pour 2009, affirme le grand argentier. Je reste confiant, tout en étant prudent et vigilant. C'est plutôt en 2010 qu'on pourrait se trouver en difficulté.»

La RPT: «Un scandale»

Ce qui l'inquiète dans l'immédiat, c'est ce qu'il touchera en parts fédérales. La crise financière réduira l'impôt anticipé et l'impôt fédéral direct, la manne reversée aux cantons sera moindre.

Charles Juillard s'emporte lorsqu'il aborde les effets de la péréquation fédérale. A l'origine de la nouvelle RPT, le Jura rêvait d'encaisser jusqu'à 30 millions de plus. Il n'a obtenu que quelques maigres millions supplémentaires en 2008. Ce sera 2,9 millions en moins en 2009. «La péréquation devait réduire l'écart entre cantons riches et pauvres. Et cet écart s'accroît, c'est un scandale», dénonce le Jurassien. Il conteste la hausse de l'indice fiscal jurassien, qui aurait progressé deux fois plus que la moyenne suisse. Mais Charles Juillard a la désagréable impression de se plaindre dans le désert.