Avérées ou machiavéliques, les idées reçues gravitant autour de Michel Flückiger sont devenues de lourdes casseroles. A tel point que la nomination de l'ancien conseiller aux Etats à la présidence du Parti libéral radical jurassien, vendredi prochain, suscite cette interrogation: le PLRJ mesure-t-il le risque qu'il prend en confiant sa destinée à ce «vieux de la vieille»? De son bureau strasbourgeois où il est depuis un peu plus de quatre ans conseiller du secrétaire général du Conseil de l'Europe, Michel Flückiger s'emporte lorsqu'on évoque son passé (lire l'interview). Il dénonce les fausses étiquettes dont on l'affuble.

Commis greffier au Tribunal de district, Michel Flückiger a d'abord patiemment fait ses classes dans son parti, où on a toujours su récompenser les fidèles. Secrétaire général dans les années 70, il ne peut se départir d'une position qui le classe parmi les antijurassiens farouches de l'époque. Constituant en 1976, député cantonal en 1979, conseiller municipal dans les années 80, il entre au Conseil des Etats en 1986, profitant de l'élection de Gaston Brahier au gouvernement jurassien. Il y sera réélu en 1987 et en 1991, sauvant sa place pour une poignée de suffrages. Il siège aussi à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, dont il sera le vice-président.

En 1993, il vise le couronnement en briguant une place au gouvernement jurassien. La campagne et l'élection tournent au désastre. Un an plus tard, il quitte le Conseil des Etats pour devenir fonctionnaire du Conseil de l'Europe, spécialiste de la question des Balkans. Il quitte même sa ville de Porrentruy pour s'installer en Alsace. Dans le Jura, on parle de retraite politique.

Michel Flückiger opère un premier retour en janvier 1998. Sollicité par ses amis ajoulots, il accepte de redevenir président de la fédération de district et élit domicile à Miécourt. Un an plus tard, la présidence du parti cantonal étant vacante après le départ du rassembleur Georges Rais, ses amis pensent tout naturellement à lui, surtout qu'après cinq ans de présidence delémontaine, le mandat doit revenir à un Ajoulot. Des radicaux ajoulots lassés d'avaler des couleuvres, la dernière étant la non-élection de leur poulain Jean-François Kohler au gouvernement en automne dernier.

Sollicités, Michel Probst, Eliane Chytil, Marcel Varé et Serge Vifian déclinent l'offre. La voie est libre pour Michel Flückiger, qui pourra se donner corps et âme pour son parti: il prend sa retraite en fin d'année. A 59 ans, il aurait bien voulu quitter Strasbourg en été déjà, on l'a convaincu de rester jusqu'en décembre.

Le nouveau président claironne qu'il saura fédérer les sensibilités et les clochers, innover et redonner une âme à un parti qui accumule les déconvenues électorales. Première échéance en octobre: les radicaux jurassiens espèrent reprendre un, voire deux sièges aux Chambres fédérales, perdus voici quatre ans au profit des socialistes. Parmi les travaux confiés à Michel Flückiger durant sa présidence qui devrait durer quatre ans: préparer sa succession. Il sera entouré de jeunes loups au comité directeur. Le débat entre jeunes et vieux radicaux promet des étincelles. Deux têtes émergent dans la relève annoncée du PLRJ: le Franc-Montagnard Frédéric Buechler, 29 ans, élu au parlement cantonal en octobre 1998. «Un futur président», prédit le secrétaire général Manuel Piquerez, 28 ans. Débarrassé d'ambitions personnelles, Michel Flückiger entend incarner l'image du renouveau radical.

«Que deviendront

les femmes radicales?»

S'il n'est pas contesté au grand jour, en coulisses, pourtant, certains redoutent le retour à une ligne dictée par les anciens. «Je crains que les Ajoulots ne fassent leur petite cuisine», relève ce militant delémontain. «Que deviendront les femmes radicales?» lance la présidente Patricia Cattin, qui envisage de remettre son mandat. «J'ai du souci pour l'avenir du parti, poursuit un autre Delémontain. Michel Flückiger n'apporte pas une image moderne nécessaire à notre parti. Je ne crois pas non plus qu'il favorisera un rapprochement entre radicaux et démocrates-chrétiens, nécessaire pour redonner du souffle à la droite.» Ce militant delémontain ose, sous le couvert de l'anonymat, lancer un autre pavé dans la mare: «Le PLRJ devrait faire une croix sur les élections fédérales, pour éviter une nouvelle déconvenue.»