Energie

Comment le Jura veut produire davantage d'électricité 

Le ministre Philippe Receveur veut faire passer de 13 à 65% la part d'électricité fabriquée dans le canton. En utilisant toutes les nouvelles énergies renouvelables, notamment l'éolien

C'est l'un des derniers grands dossiers de la législature jurassienne qui se termine à fin 2015: le parlement cantonal doit valider la stratégie du ministre PDC qui s'en va après neuf ans d'exécutif, Philippe Receveur. Elle prévoit de fabriquer directement dans le canton, d'ici à 2035, 65 % des quelque 500 GWh annuels d'électricité consommés, contre seulement 13 % actuellement. Philippe Receveur espère qu'il ne sera plus nécessaire de recourir au nucléaire, qui couvre aujourd'hui 60 % de la consommation jurassienne.

Sa recette: recourir à toutes les nouvelles énergies renouvelables, de la géothermie profonde (le Jura a délivré un permis de réaliser un sondage près de Glovelier) à l'hydraulique, du photovoltaïque à l'éolien. Le ministre relève que l'énergie éolienne est celle qui «présente le plus fort potentiel de production locale».

Trois à cinq parcs éoliens

Son programme éolien prévoit de produire 150 GWh par an dès 2035 (30 % des besoins cantonaux). Il faut pour y parvenir une quarantaine d'éoliennes que Philippe Receveur veut concentrer dans trois à cinq parcs. Fin septembre, il a mis en consultation une adaptation du plan directeur cantonal qui prévoit de localiser ces parcs entre Bure et la frontière française. Plus précisément à Bourrignon au-dessus de Delémont, aux Franches-Montagnes entre Les Breuleux et Les Bois: ces trois parcs prioritaires pourraient héberger les 40 machines projetées. Il faut ajouter à ceci deux sites «de réserve», en Ajoie entre Chevenez et Fahy et à la frontière soleuroise près de Rebeuvelier.

Une société parapublique médiatrice

Formuler une stratégie est une chose, la concrétiser en est une autre. Pour ce faire, Philippe Receveur et le gouvernement jurassien ont mandaté la société parapublique Energie du Jura (EDJ), créée en 1989 pour favoriser la distribution de gaz naturel dans la région de Delémont. EDJ devra passer de la monoculture gazière à l'incitation à la production d'énergie renouvelable indigène. «Elle devient l'outil opérationnel de la mise en œuvre de la stratégie énergétique cantonale», confirme le ministre.

Avec de faibles moyens, EDJ accompagnera les projets énergétiques, publics ou privés, et contribuera à ériger leurs financements. EDJ pourra aussi entrer dans le capital des sociétés créées autour de projets énergétiques.

Plus grande centrale photovoltaïque à Courgenay

La société l'a déjà fait en prenant 25 % du capital d'un centre de production de biogaz à Bure et surtout en étant partenaire et déclencheur du projet de plus grande centrale photovoltaïque de Suisse, à Courgenay. Ce projet est développé conjointement par la société de transport et de logistique automobile Gefco et la société électrique BKW, le distributeur historique d'électricité dans le Jura.

L'installation en phase de réalisation, devisée à 11 millions de francs, produira 6,6 GWh annuels, soit la consommation de 1550 ménages, «l'équivalent d'une éolienne et demie», note Philippe Receveur.

EDJ aura aussi pour fonction de faciliter les partenariats publics-privés, et d'assurer, au besoin, une présence publique dans la gouvernance de projets privés. Un sujet très sensible dans l'élaboration de programmes éoliens, où les opposants font remarquer que des sociétés électriques des principales villes du pays viennent coloniser les crêtes du Jura pour y produire leur électricité.

Philippe Receveur quittera les affaires publiques à la fin de l'année, en ayant mis sur les rails la réforme énergétique, en ayant facilité le lancement d'un vaste projet de géothermie profonde et en ayant décrit les besoins pour que le Jura devienne, à 65 %, autonome énergiquement. Mais les décisions les plus délicates restent à prendre, notamment à propos des projets éoliens. Qui ne sont encore que théoriques.

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