Il aura pris son temps pour la consolider au travers de travaux d’experts et de débats. En chantier depuis 2011 - «avant Fukushima», assure-t-il - , la conception énergétique jurassienne du ministre Philippe Receveur est prête et il l’a livrée ce mercred i à Delémont. «Les objectifs sont ambitieux, le gouvernement a une réelle volonté politique, le Jura entend être à son niveau un acteur du tournant énergétique et pas seulement un demandeur.» En 2011 déjà, le ministre de l’Environnement et le Conseil d’Etat avaient décidé de sortir du nucléaire, une décision d’autant plus importante que le canton en dépend à 60%.

Le Jura vise trois objectifs : il prône et préconise des mesures pour économiser l’énergie (vers une société à 3500 watts, soit 30% d’économies par rapport à la consommation actuelle) et améliorer l’efficacité dans les bâtiments locatifs, administratifs et industriels; il entend produire de l’énergie électrique et thermique renouvelable; il vise une autonomie maximale et entend passer, d’ici à 2035, de 10% d’autonomie énergétique à 65% pour l’électricité et 60% pour la chaleur.

«Ces chiffres ne tombent pas du ciel, ils s’appuient sur une analyse solide du potentiel qui n’est pas illimité chez nous», précise Philippe Receveur.

Produire 340 GWh par an

La perspective la plus spectaculaire consiste donc à produire de l’énergie, activité très marginale actuellement, avec quelques rares installations de petite hydraulique au fil de l’eau, l’un ou l’autre réseau de chauffage aux copeaux de bois et cinq éoliennes qui tournent aux Franches-Montagnes.

Même s’il demande de manier les chiffres avec prudence, affirmant que sa stratégie saura s’adapter aux avancées technologiques, Philippe Receveur espère que son concept permettra d’économiser 140 GWh électriques et 270 GWh thermiques par an, soit 30%. Le Jura ne réinvente pas la roue, il prône notamment davantage d’efficicence dans les bâtiments.

Le ministre veut produire 340 GWh électriques et 300 GWh thermiques par an d’ici à 2035. Ainsi, l’autonomie atteindrait 60%.

Eoliennes et géothermie

Il y a peu de perspectives hydrauliques sinon au fil de l’eau. Mais la principale rivière, le Doubs, bénéficie d’une protection importante. Le solaire photovoltaïque sera exploité, de façon modérée. Les sources les plus prometteuses sont l’éolien et la géothermie profonde. Un projet pilote de géothermie est en cours de procédure entre Glovelier et Bassecourt, le permis de forer a été déposé. «C’est un projet très positif, et s’il produit de bons résultats, d’autres pourraient voir le jour», dit le ministre.

L’accent sera donc mis sur l’éolien, même si cette technique a suscité des vagues d’opposition ces dernières années. Le Jura prévoit de fabriquer 150 des 340 GWh électriques avec les aérogénérateurs. «Il en faudra une trentaine», dit Philippe Receveur, en plus des cinq qui tournent déjà à Saint-Brais et au Peuchappatte.

Reste la question essentielle : où seront implantées les trente machines, dont une moitié avant 2021 selon les plans de Philippe Receveur ? Pas de réponse encore, le plan sera présenté au premier semestre de 2015. «On se donne le temps de bien le préparer, explique calmement le ministre. Avec l’expérience de Saint-Brais, nous savons ce qu’il ne faut pas faire. J’aimerais aussi clairement affirmer que la colonisation des crêtes par les éoliennes n’est plus à l’ordre du jour.»

Un ministre qui veut aller débattre

Quels coûts, pour quels bénéfices du concept énergétique ? «Difficilement chiffrables», dit le ministre, ajoutant tout de go : «Le temps de l’électricité bon marché appartient au passé.» Le concept global 2035 prévoit des investissements pour 941 millions, des revenus d’une dizaine de millions par an pour le canton et 180 emplois créés. Il coûtera, par an, à charge de la Confédération et du canton, 58 millions dont 7 millions directement pour la caisse du canton avec notamment 5 millions d’efforts fiscaux.

Insistant sur le fait que «toutes les sources d’énergies renouvelables sont nécessaires et doivent être utilisées, sans les opposer mais au contraire en complémentarité», Philippe Receveur dit avoir envie de débattre avec les Jurassiens, qui affirmaient dans un sondage en 2011 qu’ils ne rejettaient aucune technologie. Pourtant, la vague anti-éolienne est forte, bruyante et semble avoir fait tache d’huile depuis lors.

Selon toute vraisemblance candidat à un troisième mandat gouvernemental - les élections cantonales ont lieu en octobre 2015 -, Philippe Receveur va-t-il au-devant d’une opposition qu’il pourrait sous-estimer, en défendant son concept énergétique faisant la part belle aux éoliennes et à la géothermie profonde ? «Je pense justement que, parce que les enjeux énergétiques sont capitaux, c’est un très bon débat d’année électorale, rétorque-t-il. Nous sommes prêts, avec des arguments étayés. Je me réjouis.»