«Un paradis vert dans un désert économique.» C'est, selon l'interprétation de Jean-François Roth, ministre de l'Economie et de la Coopération, l'image que les Suisses ont du Jura. Avant d'établir un catalogue de mesures susceptibles de rendre son canton plus attractif et d'accroître sa population (le projet «Pays ouvert» ambitionne de passer de 69 000 à 80 000 résidants d'ici à 2020), le ministre a commandé un sondage, réalisé début décembre par l'Institut MIS Trend auprès de 1200 Confédérés.

La première qualité reconnue au Jura: sa nature et ses paysages. Le principal défaut: son isolement. Les Jurassiens sont perçus comme des bons vivants, sympathiques, ouverts et accueillants, mais aussi entêtés, conservateurs et tournés sur leur région. Leur sérieux au travail est mis en doute. L'économie est mal notée, considérée comme peu compétitive par un quart des sondés et par 51% des Jurassiens eux-mêmes, plus sévères envers leur canton que les autres Suisses. Ils trouvent notamment que les impôts sont trop élevés et dissuasifs. «Nous devrons initier une thérapie interne», commente Jean-François Roth. «Les Jurassiens sont pessimistes envers eux, reconnaît Marie-Hélène Miauton, directrice de MIS Trend. C'est une caractéristique des groupes humains qui ne voient pas comment ils parviendront à inverser la tendance. Le gouvernement jurassien a raison de s'engager pour ne pas laisser ses administrés s'enfoncer dans le défaitisme.»

«Le résultat est conforme à la carte postale habituelle du Jura, et je ne m'attendais pas à ce que le sondage nous renvoie l'image d'un pays urbain et branché», reprend Jean-François Roth, ajoutant avec une pointe d'agacement: «Notre économie est sous-estimée et gagnerait à être mieux connue, notamment notre minutie dans les microtechniques.» «C'est le syndrome romand, complète Marie-Hélène Miauton. Les cantons latins sont économiquement mal notés. Le préjugé est tenace.» Elle ajoute que lorsqu'ils qualifient le Jura de canton isolé et mal desservi, «les Suisses exagèrent. La distance est surtout psychologique. Pour casser cette impression fausse, il s'agira de démontrer que le Jura est aisément accessible par le train et la route».

Le sondage montre que le Jura est largement méconnu; 44% des Alémaniques interrogés et 23% des Romands n'ont pas été en mesure de citer des qualités, 53% des Alémaniques et 37% des Romands sont restés muets lorsqu'ils ont été invités à énumérer les défauts des Jurassiens. «Beaucoup de Suisses n'ont pas d'idée arrêtée sur notre région. On peut agir pour diffuser et les imprégner d'images positives», note Jean-François Roth.

Dans la perspective du projet «Pays ouvert», le Jura souhaitait aussi savoir quels éléments inciteraient ou empêcheraient les Suisses de venir vivre sur son territoire. Mesure d'encouragement la plus souvent citée: la diminution de la pression fiscale, réclamée par 73% des Jurassiens et 52% des Suisses. Suivent des mesures liées à l'emploi et au développement économique, complétées par une offre attendue en matière de santé, d'éducation, de politique familiale, culturelle, sociale et sportive. «Même si elle est importante, la diminution de la pression fiscale n'est pas l'unique composante de l'attractivité, constate Jean-François Roth. Le programme «Pays ouvert» devra intégrer un faisceau de mesures cohérentes.»

Malgré une image générale plutôt défavorable, un Suisse sur dix déclare qu'il «pourrait envisager d'aller travailler et vivre dans le Jura», «proportion loin d'être négligeable», note le ministre qui ajoute, avec utopie: «Si une petite moitié passait à l'acte, nos objectifs seraient largement atteints!» Rejetant les interprétations d'impuissance et de fatalité face à la situation jurassienne, Jean-François Roth contre-attaque: «A nous de mieux faire connaître nos atouts! Ce sondage nous incite à réagir et à prendre des mesures énergiques. Si on laisse les choses en l'état, le déclin est inéluctable.» «Pour corriger les préjugés et sa fausse image de trou perdu, le Jura doit parler aux Confédérés, insiste Marie-Hélène Miauton. Les cantons romands ont le défaut de ne pas savoir se mettre en valeur. Le Jura doit magnifier l'image d'un canton où il fait bon vivre, dans un superbe cadre naturel. C'est aussi un argument économique.»