«Je ne savais pas.» Il faut quelques secondes à Martine Brunschwig Graf pour trouver les mots. La libérale avait siégé dans le même Conseil d'Etat que Jean-Philippe Maitre, entre 1993 et 1997. Elle l'a retrouvé au Conseil national au début de cette législature. «Même face à la maladie, il a su rester responsable.»

Adversaire politique, Christian Grobet a longtemps côtoyé le démocrate-chrétien au gouvernement genevois puis au Conseil national. Il évoque la civilité de l'homme: «Il était d'une grande courtoisie, très respectueux de ses collègues, toujours à l'écoute des autres.» Le conseiller d'Etat PDC Pierre-François Unger a la gorge serrée: «L'adéquation entre son discours et ses actes était parfaite. Il s'efforçait toujours d'établir la synthèse entre le dynamisme et la responsabilité au niveau individuel.» D'où son engagement permanent en faveur des jeunes.

«C'est un ami de trente ans qui s'en va», confie l'ancien magistrat Dominique Föllmi, qui avait été élu au Conseil d'Etat en 1985, en même temps que Jean-Philippe Maitre, alors âgé de 36 ans. «Au gouvernement, nous avons vécu des moments forts. A la tête de son département, il s'est attelé au redressement de l'économie genevoise. Il couplait son mandat de conseiller d'Etat et de conseiller national pour faire avancer les dossiers à Berne.»

Jean-Pierre Jobin se souvient avec émotion du combat du patron du Département de l'économie en faveur de l'aéroport de Cointrin, dont il était lui-même le directeur. «Nos parents se connaissaient à Porrentruy», glisse Jean-Pierre Jobin. Mais c'est à Genève que les deux hommes ont lié amitié, dans les cercles jurassiens de Genève.

Leur relation a pris un autre tour lorsque Swissair a abandonné ses vols long-courriers au départ de Cointrin. Dans un coup de théâtre, Jean-Philippe Maitre a démissionné du conseil d'administration de la compagnie nationale. «L'aéroport doit à Jean-Philippe Maitre le statut d'autonomie qui lui a permis de surmonter les crises.» «C'est lui aussi qui a relancé le projet de liaison ferroviaire entre la gare de Cornavin et Annemasse», enchaîne Olivier Vodoz, ancien ministre libéral, qui ajoute: «Tout récemment, il a défendu avec énergie au Conseil national la spécificité genevoise des 520 jours d'indemnités pour les chômeurs.» Martine Brunschwig Graf exprime sa reconnaissance: «Jusqu'au bout, il est resté soucieux de porter les intérêts de Genève sur la scène fédérale.»