Lundi à l'aube, dans l'étude d'un notaire lausannois. Le patron des finances cantonales, Charles Favre, accompagné de Frédéric Daler, le chef du personnel de l'Etat de Vaud, vient prendre connaissance du résultat de la consultation sur le nouveau statut de la fonction publique, qui a été lancée auprès de tous les fonctionnaires et dont le dépouillement a été assuré dans le secret de ce cabinet. Le verdict: les employés de l'Etat ne veulent pas de la réforme telle qu'elle a été négociée entre le gouvernement et l'une de leurs associations syndicales. Ils ont dit non par une courte majorité de 51,2% au compromis signé fin janvier par la FSF. Il y a 42% de oui, 6,3% de sans avis. Mais, avec 10 216 coupons-réponses, la participation n'a pas dépassé 43,4%.

Dans la même matinée, le Conseil d'Etat en a tiré ses conclusions. Il ne parle pas d'échec, mais de «résultat nuancé». Le faible taux de participation est regrettable, mais il montre au moins que le projet n'a pas déclenché une opposition massive, souligne Charles Favre. Pas question pour le gouvernement de rouvrir une négociation. D'autant que l'accord conclu avec des négociateurs aujourd'hui désavoués par leur base allait à «l'extrême limite des concessions possibles». Le projet prévoit l'abandon de la nomination, l'étalement des augmentations et la hausse de la part de l'employé pour la caisse de pension. En échange, la semaine de travail passe de 42,5 à 41,5 heures, la cinquième semaine de vacances est généralisée, un salaire minimum introduit.

Un projet de loi basé sur ces éléments sera déposé pour septembre devant le Grand Conseil. Car ce projet reste «politiquement faisable.» Et Charles Favre de brandir un minisondage commandé à toutes fins utiles auprès d'une célèbre maison lausannoise et qui vient opportunément indiquer que plus de 60% des Vaudois interrogés approuvent la réforme envisagée, seuls 29% la rejetant.

«Un avertissement»

Plus que le résultat global, la surprise est venue des réponses par département (voir encadré). Contrairement à toutes les attentes, le compromis de janvier obtient une majorité d'avis favorables dans les deux secteurs où la fonction publique est ouvertement la plus revendicative, à savoir l'enseignement et la santé. Les moins bons scores proviennent en revanche de départements dont les fonctionnaires passent pour fidèles au gouvernement, comme les finances, l'économie publique ou l'ordre judiciaire. La police représente un cas extrême, puisque l'accord n'y trouve que 14% de partisans. «C'est l'expression de la majorité silencieuse qui ne veut pas que l'on touche à la nomination», explique Jean-Christophe Sauterel, le malheureux représentant de ce corps dans la négociation. «C'est plus un avertissement aux autorités qu'un désaveu de la FSF», avance Philippe Martinet, l'autre représentant de cette faîtière. Il admet toutefois avoir été «trop optimiste sur le rétablissement d'un climat social serein alors que des inconnues de taille, comme la nouvelle grille des salaires et l'évaluation des fonctions demeurent».

L'échec de la consultation ouvre le champ, après une courte trêve, à la reprise de la bataille. Comme d'ailleurs le parti socialiste, les deux syndicats qui n'avaient pas souscrit au compromis, SUD et SSP, réclament la réouverture des négociations. Une assemblée générale des fonctionnaires est convoquée le 3 mai pour décider des mesures de lutte destinées à l'arracher. La droite – les libéraux en tout cas – va se sentir libre, maintenant que la solution négociée a échoué, de réclamer ce qu'elle veut depuis longtemps: une loi sur le personnel qui remette beaucoup plus largement en question le régime de la caisse de pension, les automatismes salariaux, et qui ne prétende plus servir d'exemple pour les conditions offertes aux employés du secteur parapublic.