L’été s’ouvrait plein de promesses, ils avaient terminé l’école et se trouvaient, pour fêter ça, en voyage de classe à Munich. La suite n’est que trop connue. Lors d’une soirée libre au centre-ville, le 30 juin 2009, trois jeunes Zurichois de l’école professionnelle de Küsnacht se transforment en cogneurs furieux, tabassant sans raison cinq inconnus et blessant grièvement certains d’entre eux. Après une année et cinq mois de détention préventive et huit mois de procès, les trois adolescents vont enfin savoir lundi quel sort leur réserve le Tribunal des mineurs de Munich.

Ils risquent des condamnations sévères. La procureure a retenu dans les trois cas la tentative de meurtre et les lésions corporelles graves, et réclame des peines de 9, 7 et 6 ans de prison. Les avocats de la défense rejettent l’accusation de tentative de meurtre et ont plaidé pour des peines ne dépassant pas 3 ans. La peine maximale encourue par des mineurs en Allemagne est de 10 ans, contre 4 ans en Suisse.

Le soir du 30 juin 2009, les trois adolescents, Mike, présenté comme le meneur, Benji et Ivan boivent et fument quelques joints avec leurs copains dans un parc. Des hommes, des Macédoniens, jouent aux échecs et boivent des bières. Mike s’aperçoit qu’il n’a plus son portemonnaie sur lui et, frustré, part à l’attaque. Il frappe un des Macédoniens par derrière d’un coup de poing à la tête. Un deuxième subit le même sort. A deux, ils s’attaquent à un troisième homme, handicapé d’un bras, qui tombe à la renverse sur un banc. Un des jeunes s’acharne et jette des coups de pied à sa tête qui pend dans le vide. Les adolescents s’enfuient.

Frénésie

Dans la zone piétonne, ils tombent sur leur quatrième victime, un homme d’affaires qui rentre à son hôtel. Un premier coup de poing porté à la tête le fait tomber. Alors qu’il est à quatre pattes et tente de retrouver son équilibre, Benji, qui n’avait rien fait jusque-là, lui administre un violent coup de pied au visage. Mike s’y met aussi. L’homme perd connaissance. Souffrant de plusieurs fractures, il est gravement blessé au visage. Rentrant à l’auberge de jeunesse, les trois garçons attaquent encore à coups de poing et de coude un étudiant bulgare, avant d’aller changer leurs habits tachés de sang. Ils seront arrêtés pendant la nuit.

Le procès, qui s’est déroulé à huis clos, s’est étiré sur huit mois, Les avocats de la défense sont en partie responsables des reports et retards. L’un d’eux, par exemple, avait annoncé cet été – à la veille de la date fixée depuis des semaines – qu’il n’était pas en mesure de plaider. Leur stratégie a aussi fait l’objet de nombreuses critiques. Ils avaient recommandé à leurs clients de se murer dans le silence. Ce qui a rendu nécessaire l’audition de nombreux témoins.

Mais après avoir changé d’avocat, Benji, à l’avant-dernier jour du procès, s’est décidé à parler. Il a présenté des excuses à l’homme d’affaires, la victime principale, et lui a remis une lettre qu’il avait écrite en mars dernier déjà. L’homme, qui a assisté au procès, porte les plus lourdes séquelles. Il a dû subir plusieurs opérations de reconstruction, n’a pas retrouvé complètement la vue et l’ouïe et a des difficultés à respirer. Selon l’expertise médicale, il peut s’estimer heureux d’avoir survécu à une attaque aussi brutale. Benji a expliqué qu’il avait souffert de ne pas pouvoir s’exprimer plus tôt, mais qu’il avait fait confiance à son avocat. Son nouveau défenseur a critiqué vertement son prédécesseur, parlant d’une «stratégie adaptée à un mafioso». Quelques jours plus tard, Mike a également brisé son silence et reconnu les faits. Le troisième accusé, Ivan, n’a pas ouvert la bouche jusqu’à la fin de l’audience.

Réquisitoires

Selon la procureure, il n’est pas avéré qu’un des trois jeunes se soit comporté comme le meneur. Mais Mike est celui qui a à chaque fois attaqué en premier, et le seul impliqué dans les cinq agressions. Il a également frappé l’une des victimes à la tête. Comme la première attaque a été motivée par la colère ressentie suite à la perte de son porte-monnaie, l’accusation a pour cela retenu la tentative de meurtre et requis 9 ans de prison. Son avocat a demandé que la peine de son client soit limitée à un séjour de redressement, déjà couvert par la durée de la détention préventive.

Pour Benji, la procureure a requis 7 ans de prison. Il n’a pas participé à l’attaque dans le parc, mais il a tapé du pied dans la tête de l’homme d’affaires. Son défenseur a plaidé 2 ans et 9 mois de prison. Ivan n’a pas participé à l’attaque contre l’homme d’affaires. L’accusation a requis contre lui 6 ans de prison, son avocat 1 an et 4 mois.

Des gens sans histoires

A ce jour, le fait divers, qui a choqué l’Allemagne et la Suisse, ne trouve aucune explication rationnelle. Les trois jeunes, qui ont entre-temps tous fêté leurs 18 ans, proviennent de familles de la classe moyenne de la Goldküste. Sans être des anges – ils avaient des antécédents judiciaires, agression, tentative de vol –, ils n’étaient pas considérés comme des cas particulièrement difficiles. Ils ne manquaient pas de perspectives: deux d’entre eux avaient trouvé une place d’apprentissage. Deux avaient consommé de l’alcool, mais pas au point de perdre tout contrôle. L’expertise psychiatrique demandée par le tribunal reconnaît leur pleine responsabilité. Leur développement intellectuel est dans la moyenne, l’un est même considéré comme supérieurement doué. Leur milieu familial ne présente pas de particularités notoires.

En détention préventive depuis un an et demi, les trois accusés n’ont pu suivre aucune formation. S’ils sont condamnés à des peines dépassant cette durée, ce dont personne ne semble douter en Allemagne, ils seront transférés dans un établissement pour jeunes, où ils pourraient commencer un apprentissage si leurs diplômes suisses sont reconnus. Il n’est pas sûr, en revanche ,qu’ils puissent purger leur peine en Suisse.