Energie

La justice attend les parcs éoliens approuvés par le peuple

Dans le Jura vaudois, La Praz a renversé un vote négatif sur l’implantation d’éoliennes. Comme dans d’autres cas, le dossier part au tribunal

Les parcs éoliens continuent de faire souffler le chaud et le froid sur la chaîne jurassienne. Leurs promoteurs savourent la victoire obtenue mardi soir devant le Conseil général de La Praz. Cette commune du Jura vaudois était la seule des trois concernées par l’implantation de 12 hélices au Mollendruz à avoir dit non. C’était en janvier. Alors que Mont-la-Ville et Juriens approuvaient ce projet, les citoyens de La Praz, par 20 voix contre 11, le refusaient. Ce vote avait déclenché une tempête, car 11 habitants s’étaient fait assermenter juste avant cette décision politique. Mardi soir, La Praz a voté une seconde fois. Et cette fois, c’est oui, par 47 voix contre 38.

Présidente de Suisse Eole, la conseillère nationale Isabelle Chevalley (PVL/VD) salue ce revirement. «Je suis très satisfaite. En janvier, des opposants se sont fait assermenter en dernière minute. Cette fois-ci, la commune a organisé une nouvelle séance d’information à l’intention des habitants, qui ont pu accepter en toute connaissance de cause la nouvelle affectation du terrain prévu au Mollendruz», commente-t-elle.

Jurisprudence du Tribunal fédéral

Les adversaires des pales livrent une analyse très différente. Paysage-Libre Vaud critique le fait que, lors de cette seconde consultation, «une cinquantaine de nouveaux conseillers» se soient fait assermenter et laissé séduire par la perspective de voir la commune recevoir une manne annuelle de 160 000 francs. L’organisation estime que ce second scrutin «fait fi de l’esprit de la démocratie directe». «Cela ne pose pas plus de problèmes que l’attitude des opposants, qui font fi de ce verdict démocratique en annonçant qu’ils vont contester le parc éolien au tribunal», réplique Isabelle Chevalley. Des recours sont effectivement annoncés.

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Cette situation n’est pas inédite. Le 12 mars, Ballaigues, Lignerolle et L’Abergement, dans le Nord vaudois, ont approuvé le plan d’affectation d’un autre parc, Bel Coster (neuf mâts). Or, Paysage-Libre Vaud annonce là aussi que des recours seront déposés. L’organisation assure que «les recours ne sont pas formés contre les décisions prises démocratiquement mais contre la légalité des projets contestés».

Isabelle Chevalley critique cette explication: «L’énergie éolienne est approuvée dans neuf votes démocratiques sur dix. Mais une seule personne peut bloquer un projet avec un recours», dit-elle. Elle espère désormais que la décision du Tribunal fédéral à propos des sept hélices du Crêt-Meuron, dans le Jura neuchâtelois, fasse jurisprudence: le TF a débouté les opposants en soulignant que la création d’un parc éolien n’était pas incompatible avec la préservation du paysage.

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