La justice genevoise a finalement donné tort aux deux associations de défense du patrimoine que sont Patrimoine suisse Genève (PsGe) et Action patrimoine vivant (APV). Ces dernières contestaient l’extension intra-muros du Musée d’art et d’histoire (MAH) de Genève. Le réaménagement de la cour intérieure via des «mezzanines flottantes» et la surélévation du bâtiment contrevenaient, selon elles, à la loi cantonale sur les constructions et les installations diverses.

Dans son jugement rendu le 2 mai, le Tribunal administratif de première instance ne partage pas les deux principaux griefs des défenseurs du patrimoine. Sur la question de la surélévation, les juges rappellent que le point de référence pour calculer le gabarit légal de la future construction se mesure par rapport au point le plus élevé du bâtiment existant, soit la façade principale située rue Charles-Galland. Les recourants, par contre, avaient tenu compte de la hauteur, moins élevée, des trois autres ailes de l’édifice pour appuyer l’illégalité de la surélévation.

Quant à l’occupation de la cour intérieure, le Tribunal rappelle que la Commission des monuments, de la nature et des sites avait préavisé favorablement l’implantation d’un mécanisme plus léger de plateaux. Par ailleurs, elle estime que le remplissage de la cour «ne saurait constituer une construction indépendante de l’actuelle». Pour les juges, il ne s’agit donc pas d’une nouvelle construction mais bien d’une extension du musée dans son propre ventre.

Sami Kanaan soulagé

Le conseiller administratif chargé de la Culture en Ville de Genève a évidemment accueilli le jugement avec soulagement. «D’autant plus qu’il s’agit d’un avis indépendant, explique le magistrat. Nous avions déjà fait d’énormes concessions en répondant aux revendications de ces associations. Aujourd’hui, nous pouvons aller de l’avant.»

La deuxième version du projet architectural d’extension et de rénovation du MAH porté par l’architecte français Jean Nouvel et les ateliers genevois DVK est actuellement étudiée par la Commission des travaux du Municipal de la Ville de Genève. Le coût de l’opération est estimé à 139 millions de francs au total.

Les recourants peuvent toujours contester cette décision devant la Chambre administrative de la Cour de justice dans un délai de trente jours. Président de PsGe, Robert Cramer se dit «très déçu» de la décision. Sur un éventuel recours, le conseiller aux Etats écologiste indique qu’aucune décision n’a été prise. Le comité de l’association devra trancher.