Justice

La justice donne raison à Christian Constantin

La veuve du premier associé de l’homme d’affaires de Martigny lui a prêté, il y a plusieurs décennies, des centaines de milliers de francs, sans jamais les récupérer. Pour la justice, tout est légal

Comme souvent, la décision du Tribunal fédéral est synonyme de clap de fin. Maître Grégoire Rey a perdu. Débouté à trois reprises, par le tribunal de Martigny, en 2016, ce printemps devant la Cour cantonale valaisanne et désormais par Mon-Repos, l’homme de loi n’en demeure pas moins dégoûté. Pour une fois, il a la douloureuse impression que justice n’a pas été rendue.

Au début du mois de septembre, la bataille judiciaire autour de la naissance de l’empire de Christian Constantin s’est achevée, dévoilent 24 heures et la Tribune de Genève. L’origine de ce litige se situe au milieu de la décennie 1980. Christian Constantin est un jeune dessinateur en bâtiment. Associé à l’ingénieur André Couturier, il est en pleine construction de la Porte d’Octodure, l’actuel quartier général de l’homme d’affaires de Martigny et de son FC Sion. Mais, au début de l’année 1985, André Couturier met fin à ses jours.

Dans les mois qui suivent le drame, Christian Constantin se tourne vers la veuve d’André Couturier. Il lui demande de lui céder le tiers de la propriété du complexe immobilier en construction, que son mari détenait – dettes hypothécaires comprises –, de renoncer aux honoraires d’ingénieur qu’il devait toucher et de lui donner les 500 000 francs de l’assurance vie qu’elle vient d’obtenir, afin de sauver la Porte d’Octodure de la faillite.

Signature d’une convention

La veuve d’André Couturier accepte et une convention est signée entre les deux parties. Elle subordonne le remboursement de la somme de près de 1 million octroyée à Christian Constantin à deux cas de figure: en cas de vente ultérieure du complexe ou en cas de développement positif de l’affaire immobilière. Pour les différents juges qui ont traité l’affaire – pour l’heure les considérants du Tribunal fédéral ne sont pas connus –, ni l’une ni l’autre de ces deux éventualités n’a été réalisée. Christian Constantin n’a donc pas besoin de rembourser l’argent reçu. Il en touche, même, puisque, selon les différents jugements, il reçoit une partie des quelque 140 000 francs de frais et dépens que la famille d’André Couturier a dû payer.

Pour Grégoire Rey, l’avocat de la veuve d’André Couturier et de ses trois filles, l’incompréhension est totale. «Les juges ont donné à la convention un sens si littéral qu’il en est devenu absurde. A les lire, seul Christian Constantin pouvait décider si et quand il rembourserait. Ils avaient tous les moyens juridiques possibles pour bétonner une décision inverse. Ils ont perdu de vue le rôle de la justice, qui est de défendre les vulnérables et non les puissants.»

«Elle devrait dire: «Merci Christian»

De son côté, Christian Constantin confie à nos confrères de Tamedia que «cette décision est claire, la messe est dite». En 2018, il expliquait au Matin Dimanche n’avoir aucun problème de conscience à ce sujet: «C’était une assurance risque pour garantir le crédit de construction. J’ai accepté de reprendre ce crédit pour que la famille n’ait pas à répudier la succession. Elle a signé la convention et devrait dire: «Merci Christian.»

Pour la famille d’André Couturier, peu importait de répudier la succession, souligne Me Rey, mais «sans l’argent prêté, Christian Constantin aurait commencé sa carrière par une faillite de plusieurs millions et perdu la Porte d’Octodure. Sans ce prêt, qu’il a transformé en donation, Christian Constantin n’aurait pas sa fortune actuelle.»

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