C’est désormais officiel. Le procès très attendu d’Alieu Kosiah, ancien chef d’une milice rebelle réfugié sur les bords du Léman, prévenu de crimes de guerre pour des atrocités commises au Liberia il y a un quart de siècle, ne pourra pas s’ouvrir le 14 avril prochain devant le Tribunal pénal fédéral qui siège à Bellinzone. La crise sanitaire et les mesures imposées pour limiter la propagation du Covid-19 ont assez logiquement sonné le glas de ces débats prévus sur deux semaines. Selon les informations reçues par les parties, l'audience pourrait être fixée entre juin et juillet si la situation le permet.

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Après Ebola, le Covid-19

C’est un peu le monde à l’envers. Au début de l’enquête, en 2014, c’était l’épidémie d’Ebola qui flambait au Liberia et qui menaçait la procédure. Une quarantaine avait dû être mise en place pour les témoins et les victimes appelés à faire le voyage en grand secret afin d’être entendus par le parquet fédéral. Aujourd’hui, ce sont ces mêmes personnes, résidant à l’étranger, qui peuvent craindre un déplacement au Tessin. Le tribunal a rapidement pris la mesure du problème. Aucune réservation d’hôtel ou d’avion (pour autant que des vols assurent encore la liaison) n’avait d’ailleurs été entreprise avant l’annonce du report.

Sept personnes sont parties plaignantes à cette procédure. Mes Romain Wavre et Alain Werner, tous deux actifs au sein de l’ONG Civitas Maxima, représentent quatre d’entre elles et comprennent cette décision visant à sauvegarder la santé de tous les participants au procès. Ils espèrent toutefois que l’audience pourra être agendée au plus vite. «Cela fait vingt-cinq ans que les victimes attendent justice pour les souffrances subies, c’est avant tout à elles que nous pensons en ce moment», expliquent les avocats.

Longue détention provisoire

Pour le prévenu, en détention provisoire depuis cinq ans et cinq mois, ce report est également problématique. Défendu par Me Dimitri Gianoli, cet ex-commandant du Mouvement de libération pour la démocratie (Ulimo), opposé au Front national patriotique du Liberia (NPFL) de Charles Taylor, conteste avoir commis ou incité à commettre les horreurs qu’on lui reproche à l’issue d’une enquête ayant nécessité l’audition de 25 témoins et la collaboration de sept Etats ou organisations internationales.

L’ancien chef rebelle sera jugé pour des crimes imprescriptibles commis entre 1993 et 1995 dans le district de Lofa, un territoire du nord-ouest ravagé par une succession de conflits. En substance, Alieu Kosiah est accusé d’avoir ordonné de tuer ou tué lui-même des civils et des soldats en dehors des combats, profané le corps d’un défunt, violé une civile, ordonné des traitements inhumains, recruté un enfant soldat, participé à des pillages et forcé des civils à transporter des biens ou des munitions.

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