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Tête de Caracalla, début du troisième siècle après J.-C., une des 5000 antiquités libérées par le Ministère public.
© Hughes Dubois

Antiquités

La justice genevoise rend 5000 œuvres à un marchand d’art

Le Ministère public genevois a ordonné la levée du séquestre sur près de 5000 antiquités appartenant au marchand d’art Ali Aboutaam. La quasi-totalité de ses objets, suspectés de provenance illicite, avaient été saisis l’année dernière

C’est une victoire d’étape pour le marchand d’art genevois Ali Aboutaam, dans le bras de fer qui le met aux prises avec la justice genevoise depuis des années. Le Ministère public genevois vient de lever le séquestre, le 8 août dernier, sur près de 5000 objets saisis en 2017, a appris Le Temps. Le procureur Claudio Mascotto fait savoir qu’il ne commentera pas cette procédure. De son côté, Ali Aboutaam, patron de la galerie genevoise Phoenix Ancient Art, ne pavoise pas pour autant, puisque 6000 objets sont toujours bloqués et qu’il continue de dénoncer un «acharnement idéologique sans fondement».

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La saga Aboutaam commence en 2015, quand le Ministère public saisit trois sarcophages lui appartenant. Les tribunaux vont lui en restituer deux, alors que le troisième fait l’objet d’un recours au Tribunal fédéral. L’épouse du marchand d’art et son chauffeur sont placés en détention préventive à Champ-Dollon, la première ayant été observée en train de déplacer des objets d’art d’un dépôt à l’autre. Elle est libérée quinze jours plus tard, quand son mari retire son recours sur le troisième sarcophage, qui sera finalement restitué par Genève à la Turquie. Mais la quasi-totalité des antiquités des époux est confisquée après perquisition, la justice suspectant le Genevois d’origine libanaise de détenir des objets d’art pillés en Syrie et en Irak, ce que l’intéressé a toujours farouchement nié.

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On ne peut pas bloquer un patrimoine de la sorte sans avoir le moindre élément sur une éventuelle provenance illicite.

Didier Bottge, avocat d’Ali Aboutaam

En mai dernier, un nouveau rebondissement vient ajouter du rocambolesque à une affaire déjà digne des Cigares du pharaon: 23 objets d’une valeur culturelle inestimable – mais d’une valeur marchande d’environ 4 millions de francs – sont dérobés aux autorités de poursuite qui en avaient la garde. C’est un nouveau coup dur pour le marchand d’art, qui dénonce l’incurie et porte plainte à son tour. A ce jour ces objets, dont un Christ de la période byzantine et une Vierge, sont toujours introuvables.

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Pour l’avocat d’Ali Aboutaam, Didier Bottge, la récente levée de séquestre arrive bien tard: «Il est parfaitement logique que cette décision survienne, car ces pièces n’auraient jamais dû être saisies. On ne peut pas bloquer un patrimoine de la sorte sans avoir le moindre élément sur une éventuelle provenance illicite. De tels éléments ne sont jamais apparus. Ce sont des pièces dont l’existence et la présence en Suisse ont été documentées en prévision de l’entrée en vigueur de la loi sur le transfert des biens culturels (LTBC) en 2005.»

Ces objets avaient en effet été inventoriés par un huissier. Mais le Ministère public ajoute, dans le courrier que Le Temps s’est procuré, que cette levée «ne peut être invoquée pour établir l’origine licite des pièces». Faut-il comprendre par cette formulation rusée que le parquet libère ces objets sans avoir la certitude qu’ils sont au-dessus de tout soupçon? Le procureur n’a pas non plus répondu à cette question.

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Une cascade de conséquences judiciaires

Quoi qu’il en soit, la libération de 5000 antiquités tombe bien pour le marchand d’art, alors que ses affaires sont à l’arrêt depuis plus d’un an. Car les propriétaires qui lui avaient confié la vente de leurs biens s’impatientent. Exemple? Un tribunal états-unien annonce le 8 août dernier, date de la levée partielle du séquestre à Genève, «qu’un couple du Colorado a poursuivi le gouvernement suisse devant un tribunal fédéral pour avoir saisi dix-huit antiquités grecques, romaines et égyptiennes envoyées à Genève pour être vendues par Ali Aboutaam».

Selon eux, «ni l’Office fédéral de la culture ni l’Administration fédérale des douanes n’ont invoqué une base juridique appropriée pour la saisie de leurs biens». Ils réclament une indemnité de 24 millions de dollars. Cette action judiciaire n’a aucun lien avec la levée partielle du séquestre, puisque ces objets ne font pas partie du lot libéré. Mais elle démontre que la durée de la procédure déclenche des conséquences judiciaires en cascade.

Si l’affaire Aboutaam à Genève n’est de loin pas terminée, quelques milliers d’objets pourront néanmoins retourner à la vente. Tous? Non. Dans la précipitation de la perquisition l’année dernière, une terre cuite représentant un animal a été saisie par les policiers et répertoriée comme objet mésopotamien. Elle a été libérée quelques semaines plus tard. Il s’agissait en fait d’une création artistique de la fille des Aboutaam, 11 ans, portant la griffe «With love, for Daddy».

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