La justice s’intéresse de très près au Service transports, voirie et espaces verts (STVE) de la Ville de Carouge. En marge d’un audit des ressources humaines de cette commune, la Cour des comptes a annoncé mardi avoir alerté le Ministère public en juin au sujet des possibles dysfonctionnements d’un service.

L’organe de contrôle s’est en effet laissé dire qu’il était notoire au sein du service que «plusieurs cadres utilisent, pendant et hors des heures de travail, le matériel et les installations de la ville de Carouge à des fins privées» et «font effectuer des travaux privés aux collaborateurs du service, pendant les heures de travail». Selon Stanislas Zuin, magistrat chargé de l’audit, les faits allégués sont «susceptibles d’être constitutifs d’infractions pénales comme l’abus d’autorité ou la gestion déloyale des intérêts publics». Ce n’est que la troisième fois que la Cour des comptes, qui a rendu 67 rapports, trouve matière à saisir la justice.

Le procureur général, Olivier Jornot, a débarqué en personne au sein du STVE lundi. Deux cadres ont été entendus et relâchés. «Ils sont soupçonnés de gestion déloyale des intérêts publics», informe Henri della Casa, porte-parole du Pouvoir judiciaire. «Olivier Jornot a passé la matinée dans le service et a ensuite emporté des cartons de documents», raconte Nicolas Walder, maire de Carouge et magistrat de tutelle du service visé. Celui qui est par ailleurs vice-président du Parti écologiste genevois poursuit: «Je n’avais personnellement eu aucun élément au sujet des accusations à leur égard. Tout au plus remarquions-nous que ce service était le plus réticent face aux réformes des ressources humaines. Les personnes visées sont en place depuis au moins dix ans», signale celui qui a accédé mi-2011 à l’exécutif de la cinquième ville du canton, avec 20 889 habitants.

«Alarmant»

Qualifiant les constats de la Cour des comptes d’«alarmants», le Conseil administratif carougeois n’a prononcé aucune suspension pour l’heure. Il a en revanche mandaté l’ancien directeur général des Finances cantonales, Moreno Sella, pour investiguer le cas afin de fonder «les suites administratives qu’il conviendra de donner».

L’UDC, qui avait sollicité en 2012 cet audit de la Cour des comptes, réagit pour sa part en dénonçant la passivité de l’exécutif communal (entièrement de gauche depuis les élections de 2011). La section carougeoise du parti exige «la démission du Conseil administratif de la Ville de Carouge in corpore de ses fonctions à l’issue de l’enquête du Ministère public si les faits signalés par la Cour des comptes s’avèrent exacts».

La Cour des comptes dit n’avoir pas corroboré les accusations de népotisme qui avaient mené l’UDC à tirer la sonnette d’alarme. Une enquête de satisfaction mandatée par la Cour auprès du personnel montre que le STVE est le secteur de l’administration communale où le sentiment d’inégalité de traitement est le plus fort. La Cour relève que des indemnités de piquet en cas de neige n’y sont accordées qu’aux quatre cadres alors que le reste du personnel peut aussi y être astreint. L’audit pointe divers flottements en matière de recrutement et des erreurs non corrigées dans les paies et les calculs d’annuités. En revanche, les mauvaises conditions de travail évoquées par l’UDC ne se retrouvent pas dans l’enquête de satisfaction. Selon elle, 59% des effectifs communaux (la Ville fait travailler 274 personnes) se montrent laudatifs à l’égard de leur employeur.