Sous la pression genevoise, l’Office fédéral des migrations a tourné casaque. Pour une fois, l’humanité l’emporte sur le juridisme étriqué qui menaçait une famille kosovare intégrée de manière exemplaire en Suisse depuis deux décennies.

La famille kosovare de Musa Selimi, qui vit à Carouge (GE), peut donc rester en Suisse. L’Office fédéral des migrations (ODM) a pris en compte de nouveaux éléments communiqués par le canton de Genève, qui avait déposé une demande de réexamen du dossier. Pour Le Matin, il s’agit d’une «victoire de l’humain». Car «il a tenu bon, Musa Selimi. Même si, à vrai dire, plus grand monde n’osait espérer une issue heureuse dans le combat de ce Kosovar pour obtenir, avec les siens», le droit de continuer à faire sa vie en Suisse, un pays «où il est intégré, aimé, respecté». Bien sûr, la médiatisation de cette histoire, «le soutien des milieux politiques genevois et de l’artiste Alain Morisod» – qui a longuement exprimé sa modeste fierté mercredi soir dans Forum de la RSR – ne sont pas étrangers au happy end».

Tout reste-t-il donc possible? Le hasard du calendrier serait de nature à tempérer le propos. Car si l’on en croit 24 Heures de jeudi, Washington Allauca hésite, lui, «entre les rires et les pleurs». Cet Equatorien de 38 ans «a signé plusieurs contrats de travail», vit avec sa famille à Lausanne et reçoit même son matériel de vote! Or en janvier, l’homme avait révélé publiquement un secret lors de la remise de son diplôme en ingénierie civile: comme sa femme et ses deux enfants, il est sans-papiers! Dans les prochains jours, il va être expulsé, après onze passés en Suisse. D’un côté, «la froideur des décisions administratives». De l’autre, des destins qui sont considérés avec plus humanité. A propos du dossier Selimi, Le Matin nuance et confirme tout à la fois: «Que ceux qui craignent l’effet boule de neige d’une régularisation collective des sans-papiers se rassurent. Rien de tel n’est en marche dans les couloirs de la Berne fédérale.» Dans ce cas, «l’administration a avant tout montré qu’il existe un juste milieu entre l’application froide de la loi et la réalité du terrain.»

«C’est une solution raisonnable et humaine qui a été trouvée», renchérit «avec un soupir de soulagement» Pascal Décaillet dans la 600e note de son blog hébergé par la «Tribune de Genève». «Elle n’induit pas de régularisation générale», rassure-t-il également, mais «il fallait qu’une issue, pour Musa, fût inventée. C’est désormais chose faite. Bien au-delà du clivage droite-gauche, on ne peut que s’en féliciter.» Et «se sentir fier d’être Suisse», comme l’a aussi clamé le maître des Sweet People.

«Widmer-Schlumpf a vraiment eu des couilles en prenant cette décision! Elle va se mettre à dos tous les gens de l’extrême droite et va certainement recevoir des milliers de dossiers à traiter», poursuit le Genevois avec son franc-parler dans 20 Minutes: «On se fait tellement foutre sur la gueule quand on défend ce type de cause que c’est un vrai bonheur quand on obtient une victoire.»

La Neue Zürcher Zeitung écrit, elle, que le cas des Selimi avait particulièrement ému la Suisse romande à cause de l’exemplaire intégration de cette famille kosovare. Un de ses lecteurs réagit sur son site, surpris par cette décision: «Ceux qui utilisent tous les moyens pour se défendre et y consacrent du temps sont récompensés en obtenant finalement un permis de séjour après avoir pourtant épuisé tous les recours possibles auprès de toutes les institutions concernées. Une petite porte s’ouvre donc au bout du tunnel dans ce pays pour toujours. En fait, c’est un affront à tous ceux qui ne jurent que par la loi. Ces lois, nous pouvons nous en détourner et les faire plier.»