Vaud 

Justice sociale et climatique, même combat

A la veille d’une manifestation nationale pour le climat, des grévistes s’allient aux mouvements Grève féministe et Extinction Rebellion pour bloquer le trafic routier d’une avenue lausannoise

La grève pour le climat fait sa rentrée le poing serré. Des centaines de pays ont participé au mouvement Planète en grève. Ils étaient plus de 200 000 manifestants à Milan, 40 000 à Wellington et, en Suisse, 5000 à Zurich, 2500 à Genève et 300 à Bienne. A Lausanne, plus de 3500 jeunes étaient réunis devant le parvis de la gare. L’itinéraire habituel de la marche, vers la place de la Riponne, a été dévié vers le lac, où le cortège s’est divisé en deux: ceux qui voulaient poursuivre la marche autorisée et ceux qui voulaient se tourner vers la désobéissance civile.

Arrêtons de tourner en rond

Les premiers ont continué l’itinéraire annoncé vers les pyramides de Vidy. Les seconds, qui nourrissent le sentiment d’être incompris par les politiques, ont décidé de radicaliser le mouvement en organisant «une convergence des luttes» avec les mouvements vaudois Grève féministe, Extinction Rebellion, Grands-parents pour le climat et des associations locales telles que Le Jardin aux 1000 mains et Chailly 2030.

Ils ont décidé de s’unir pour bloquer le rond-point de la Maladière, sur lequel des banderoles «Arrêtons de tourner en rond» ont été accrochées. Mais rapidement interrompus dans leur projet par les forces de l’ordre, ils ont alors perturbé le trafic de l’avenue de Rhodanie en s’asseyant en cercle sur le sol. Une militante prend la parole: «Les marches ne suffisent plus pour se faire entendre. Avant, on était écolo car on aimait bien les animaux. Aujourd’hui, on l’est pour notre survie!»

A propos du courrier des lecteurs: Le climat au cœur de vos écrits

Vers une «grève générale économique»

Des fourgons de police font leur entrée et encadrent les manifestants, qui décident de ne pas bouger. «Il y a urgence démocratique, déclare le porte-parole du collectif Grève du climat. Nous devons sortir de ce système qui croit en la croissance illimitée.» Parmi les propositions: la mise en place d’assemblées citoyennes, la reconnaissance du vote blanc, pouvoir voter dès 16 ans et reconnaître le vote des étrangers résidant en Suisse. «Il n’y aura pas de justice climatique sans justice sociale, complète une porte-parole de Grève féministe. La migration climatique touche particulièrement les femmes qui, si elles s’en sortent, sont invisibilisées et cantonnées à des tâches ménagères.» En vue d’harmoniser leurs revendications, une «grève générale économique» est prévue le 15 mai 2020. Avant cela, des «actions plus radicales et insolites» sont en cours d’écriture.

Parmi leurs soutiens, le Prix Nobel de chimie 2017, Jacques Dubochet. Egalement assis sur la route, le septuagénaire a confié s’être retrouvé impliqué dans cette action de désobéissance civile un peu malgré lui. «Ce que nous faisons pour lutter contre le changement climatique est illégal, rappelle-t-il. Mais sauver l’avenir des jeunes est une priorité.» Il ajoute: «Ce n’est pas le mouvement qui est radical, mais la situation. Le monde est foutu! C’est le désert entre les deux tropiques, les insectes volants vivent une extinction massive et les 5% des grands mammifères qui survivent, comme les vaches, nous les mangeons.» Après quoi, les militants ont peu à peu quitté les lieux et envisagé un autre blocage à la gare. Un projet finalement avorté dès 15h30.

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