Un ancien employé d'Air Glaciers d'une trentaine d'années, qui travaillait dans le domaine du marketing, a été interpellé et mis en détention préventive en début de semaine: il serait l'auteur d'un courrier anonyme parvenu à la presse en octobre dernier.

Cette lettre virulente qui mettait en accusation la compagnie d'hélicoptères valaisanne avait été rédigée à la suite de deux accidents survenus au début de l'automne dernier. Le premier s'était produit au col du Pillon et avait entraîné la mort du pilote d'un appareil de la société. Le second s'était déroulé au-dessus du terrain de football de Beuson, près de Nendaz, où deux hélicoptères d'Air Glaciers devaient atterrir: huit personnes, des touristes indiens et un des pilotes, avaient été tuées dans la collision des deux machines. La lettre anonyme dénonçait la mauvaise situation financière, la politique des prix de la société et la gestion du patron de la compagnie sédunoise, Bruno Bagnoud.

Confronté à cette charge qualifiée de «tissus de mensonges», Bruno Bagnoud avait déposé plainte pour atteinte à l'honneur. Dans un premier temps, c'est le juge Jean-Luc Addor qui a mené l'instruction. A la fin de l'année dernière, ce magistrat a perquisitionné manu militari chez deux suspects à Sion, sans succès.

Depuis, le doyen du Tribunal, le juge Nicolas Délez, a dû reprendre l'affaire: le juge Addor n'est plus autorisé par le Tribunal cantonal à signer certains actes de procédure à cause de son implication dans l'affaire Téléverbier. Cela dit, certaines personnes proches de l'enquête assurent que c'est toujours ce magistrat qui tient le dossier. Jeudi, le juge Délez se montrait circonspect: «Je suis tenu au secret de fonction. Il s'agit d'une affaire poursuivie sur plainte et non d'office. Il n'y a donc aucune communication à faire au public. Il faut voir éventuellement avec le plaignant.» Vain conseil. Car le plaignant, soit Bruno Bagnoud, a donné pour consigne à ses employés de ne plus répondre à aucun journaliste. Et lui-même, fidèle à ses directives, s'est inscrit aux abonnés absents. Mais, jeudi après-midi, il a finalement envoyé un communiqué confirmant qu'un suspect avait été arrêté.

Selon nos informations, le prévenu, domicilié à Martigny, avait été renvoyé de la compagnie Air Glaciers l'année dernière, au début de l'été. C'est-à-dire avant les accidents. Vu le contenu de la lettre de sept pages et la précision des assertions, il était immédiatement apparu que le corbeau était un familier de la maison, ou du moins la connaissait-il bien de l'intérieur. Le cercle des auteurs potentiels était donc relativement restreint. Il y a deux mois, la police s'était d'ailleurs déjà intéressée à l'actuel suspect, mais n'avait rien trouvé dans l'ordinateur qu'elle avait saisi. Le suspect a, semble-t-il, été finalement confondu après la saisie d'un autre disque dur sur lequel les enquêteurs auraient retrouvé des traces significatives de la lettre, des bribes de phrases.

L'avocat du prévenu, Alain Cottagnoud à Sion, s'insurge contre les méthodes de la justice dans le cadre d'une affaire d'atteinte à l'honneur et met en garde contre toute accusation hâtive. Son client est en préventive depuis trois jours pour éviter, selon le juge instructeur, toute collusion. Mais selon le défenseur du suspect, il s'agit d'une mesure de contrainte visant à obtenir des aveux. Dans ses dépositions, le présumé corbeau a toujours nié être l'auteur de la lettre. Il semble aussi que son père soit suspecté. Il a été entendu hier après-midi. «Je dénonce l'acharnement de la justice pour une affaire qui ne relève pas d'un crime. L'anonymat de la lettre est un procédé certes discutable, mais il faudra aussi débattre un jour du fond, s'interroger sur la justesse des accusations qui étaient portées», ajoute l'avocat.

Pour l'heure, l'instruction s'efforce certainement de déterminer si le suspect a agi seul: la lettre était signée par «des employés» de la compagnie Air Glaciers. Quoi qu'il en soit, le prévenu, s'il était confondu, aura l'occasion de faire la preuve de la vérité de ce qu'il a avancé. Le procès du corbeau pourrait alors être aussi celui d'Air Glaciers.