Les ennuis judiciaires de l'armateur grec résidant depuis 1988 près de Montreux, connaissent de nouveaux rebondissements. La justice vaudoise a ouvert sa propre procédure concernant cet homme d'affaires à qui le syndicat international des transports ITF reproche d'avoir abandonné des centaines de marins sur des navires en mauvais état après la faillite de ses sociétés. Par contre, la Grèce a révoqué sa demande d'extradition déposée auprès de la Suisse en octobre 1999.

Au faîte de sa gloire, au début des années 90, l'homme régnait sur un empire de plus de 100 navires de transport. Mais la faillite de sa société Adriatic Tankers, en 1996, a laissé une montagne de dettes – les syndicats parlent de 400 à 500 millions de dollars – et entraîné l'armateur dans des déboires judiciaires sans fin. Depuis la fin de l'année dernière, les recherches de la police vaudoise pour le retrouver sont restées vaines. La Grèce, où il a été condamné à quatre ans de prison pour fraude, avait demandé son extradition l'automne dernier.

Un invraisemblable imbroglio judiciaire s'en est suivi. L'armateur a utilisé une nouvelle loi pour échapper à sa condamnation en versant une compensation financière à l'Etat grec. Le 20 mars dernier, Athènes a donc retiré sa demande d'entraide et toutes les recherches policières ont été abandonnées. Contrordre neuf jours plus tard: l'Office fédéral de police demande aux Vaudois de reprendre leurs investigations «aux fins d'arrêter le fugitif», parce que ce dernier est à nouveau inscrit aux fichiers Interpol des personnes recherchées, pour des raisons qui demeurent obscures. Presque au même moment, la justice vaudoise ouvre une nouvelle procédure pour des faits différents de la première fraude, quoique de nature «à peu près similaire», selon un initié.

Selon ses avocats, l'armateur se trouverait toujours en Suisse. Il leur téléphonerait «trois ou quatre fois par semaine» et ne serait «pas en fuite», mais résiderait dans son appartement de La Tour-de-Peilz. Comment expliquer, dès lors, qu'il ait systématiquement échappé aux recherches entreprises par la police pour le retrouver? Le mystère s'épaissit encore lorsque l'on sait que c'est le plus tranquillement du monde qu'il  est venu il y a quelques jours au consulat grec de Genève chercher un nouveau passeport, en profitant de l'interruption provisoire des recherches policières à son endroit. Fin mars, il s'est aussi rendu devant un tribunal lausannois dans le cadre d'un litige l'opposant à l'un de ses anciens employés. Depuis, l'homme s'est à nouveau volatilisé. En désespoir de cause, un proche de l'enquête supplie: «Si vous parvenez à le rencontrer, dites-lui que ça nous intéresserait de savoir où il est…»

 

Modification du 4 novembre 2019: l'article a été anonymisé